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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Blocage politique momentan&#233;, ou d&#233;composition du syst&#232;me ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Blocage-politique-momentane-ou-decomposition-du-systeme.html</link>
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		<dc:date>2024-08-23T12:32:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Blocage politique</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie dominante</dc:subject>
		<dc:subject>Macron et le Parlement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Quoi que feront Macron et les autres dans les mois &#224; venir, l'&#233;volution de la situation politique fran&#231;aise est particuli&#232;rement pr&#233;occupante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce blocage est-il conjoncturel, ou le signe d'une d&#233;composition ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait la d&#233;rive vient de loin. Un facteur majeur en est l'emprise de l'id&#233;ologie dominante, plus que jamais d&#233;l&#233;t&#232;re : capable de bloquer, de diviser ou de heurter, mais pas de construire. Le boycott du RN par exemple ne parvient pas &#224; le faire dispara&#238;tre, mais bloque le fonctionnement des institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, plus largement, c'est la synth&#232;se &#224; la base de notre syst&#232;me politique qui para&#238;t se d&#233;composer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Vie-politique-francaise-.html" rel="directory"&gt;Chronique de la vie politique fran&#231;aise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Ideologie-dominante-+.html" rel="tag"&gt;Id&#233;ologie dominante&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Macron-et-le-Parlement-+.html" rel="tag"&gt;Macron et le Parlement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;volution de la situation politique fran&#231;aise est tr&#232;s pr&#233;occupante. Mais est-ce conjoncturel, ou le signe d'une d&#233;composition profonde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un blocage d&#233;sormais av&#233;r&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on sait, on se trouve face &#224; trois ensembles plus LR, eux-m&#234;mes plus ou moins divis&#233;s, et se pr&#233;sentant comme incompatibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une gauche disposant de deux atouts majeurs : sa capacit&#233; &#224; se rassembler &#233;lectoralement, et son h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique maintenue sur les m&#233;dias, l'&#233;ducation etc. Mais elle est travers&#233;e de divisions profondes, notamment faute d'une mission claire comme l'avaient autrefois dans leur optique radicaux ou socialistes. Ni le wokisme, ni les revendications soci&#233;tales, ni l'immigration, ni la fr&#233;n&#233;sie de d&#233;penses et d'imp&#244;ts n'y suppl&#233;ent au niveau voulu. Ne reste alors que l'opposition : le refus du &#8216;syst&#232;me', et surtout de &#8216;l'extr&#234;me droite'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un centre macroniste, h&#233;t&#233;rog&#232;ne au d&#233;part, sans &#233;quivalent dans aucun pays, r&#233;uni par certains th&#232;mes comme l'europ&#233;isme et le pilotage du syst&#232;me existant, ce qu'on appelle culture de gouvernement. Mais cela ne suffit pas et ce qui en a fait le ciment est un homme d&#233;sormais d&#233;mon&#233;tis&#233;. D'o&#249; une fragilit&#233; intrins&#232;que de la base politique, et une peur bleue de tous les mouvements populaires, la paix sociale ayant &#233;t&#233; achet&#233;e pendant sept ans &#224; coups d'endettement. Ce centre est &#224; bout de souffle mais subsiste faute de mieux au milieu du syst&#232;me. A droite, il est flanqu&#233; d'un parti r&#233;siduel LR, incapable de se d&#233;gager de sa suj&#233;tion historique aux id&#233;es dominantes et qui peine &#224; survivre de fa&#231;on autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une droite nationale particuli&#232;rement paradoxale : domin&#233;e par un parti populiste qui ne se veut pas de droite, sans base doctrinale v&#233;ritable, mal arm&#233; pour gouverner ou rassembler parce que trop monolithique, mais en phase avec une part appr&#233;ciable et croissante de la population. Il est surtout plac&#233; dans une position d'exclusion sans &#233;quivalent dans l'histoire de la r&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologiquement, ceci refl&#232;te un pays balkanis&#233;, en archipel comme dit J&#233;r&#244;me Fourquet, et cela avant m&#234;me prise en compte d'une immigration qui s'acc&#233;l&#232;re. Il y a bien s&#251;r l&#224; derri&#232;re l'opposition ch&#232;re &#224; Christophe Guilluy entre centre et p&#233;riph&#233;rie, deux mondes qui s'ignorent et ne se font pas confiance ; mais si cela correspond &#224; une r&#233;alit&#233;, cela ne suffit pas comme grille d'analyse, car cela n&#233;glige le niveau id&#233;ologique et la m&#233;diation du politique. Sinon il y aurait deux blocs et non plusieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pays s'av&#232;re d&#232;s lors difficile &#224; gouverner ; et il peine &#224; susciter des hommes d'envergure pour faire face &#224; cette situation. Et la dette file, donc la crise &#224; terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le clef de la marginalisation du RN&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, la marginalisation du RN joue un r&#244;le essentiel. La martingale macronienne &#233;tait simple : jouer sur la faiblesse politique de la gauche (malgr&#233; son h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique) pour camper une opposition entre un camp de la raison et du bien (eux), et un extr&#233;misme dangereux et immoral (le RN). Mais avec la dissolution la gauche a montr&#233; une r&#233;silience qu'il n'attendait pas. Le sch&#233;ma a &#233;t&#233; d&#232;s lors r&#233;activ&#233; en juillet mais sous une forme modifi&#233;e, par une alliance &#233;lectorale de fait avec la gauche. Cela a march&#233; face au RN, mais pour un r&#233;sultat illisible et difficilement utilisable. Concr&#232;tement, il est absurde d'&#233;chafauder des hypoth&#232;ses de gouvernements compatibles avec l'Assembl&#233;e actuelle sans aborder la question du comportement du RN, qui peut notamment voter ou non les motions de censure visant des gouvernements par d&#233;finition minoritaires ou tr&#232;s fragiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des cons&#233;quences de cet anath&#232;me est en effet de d&#233;traquer la logique m&#234;me du syst&#232;me repr&#233;sentatif. C'est ce qu'a bien analys&#233; Pierre Manent (Figaro du 18 juillet 2024). &#171; Ne sont plus en pr&#233;sence deux partis repr&#233;sentant deux parties du corps politique, mais s'opposent les membres l&#233;gitimes du corps civique et ceux qui en sont exclus. Ce n'est plus un d&#233;bat dont l'enjeu est la d&#233;finition de la chose commune, c'est la mise en &#233;vidence d'une s&#233;paration ontologique ou religieuse entre les &#233;lus et les r&#233;prouv&#233;s. &#187; Or &#171; quand la r&#233;publique repr&#233;sentative remplissait sa finalit&#233;, elle a accommod&#233; &#8230;des oppositions bien plus vives, puissantes et mena&#231;antes que celle occasionn&#233;e par le Rassemblement national. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constat indiscutable. Mais pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une d&#233;rive qui vient de loin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre, il faut prendre un angle large. J'avais soulign&#233; dans &lt;i&gt;L'Avenir de la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, que, loin d'entre un ensemble coh&#233;rent, celle-ci &#233;tait bas&#233;e sur trois fondements h&#233;t&#233;rog&#232;nes : l'&#233;tat de droit ; le syst&#232;me repr&#233;sentatif (d&#233;mocratie au sens propre) ; et l'id&#233;ologie d&#233;mocratique, relativiste mais promettant l'&#233;mancipation. Ces trois &#233;l&#233;ments ont assez d'affinit&#233; pour se combiner, mais ils sont distincts et ont une &#233;volution propre, qui peut les faire entrer en collision. La r&#233;union des trois, ou syst&#232;me d&#233;mocratique, est en outre incapable de fonctionner sans deux &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs, qui se sont d&#233;velopp&#233;s en m&#234;me temps : la nation et le capitalisme, l'un fondant la communaut&#233;, l'autre lui donnant un horizon de progr&#232;s mat&#233;riel inesp&#233;r&#233; ; sachant qu'eux peuvent se passer de la d&#233;mocratie (voir la Chine). La d&#233;mocratie moderne, loin d'&#234;tre la fin de l'histoire, est donc un r&#233;gime fragile et rapidement &#233;volutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce qui caract&#233;rise la phase actuelle, en France et au niveau europ&#233;en, est que d&#233;sormais l'id&#233;ologie ronge les deux autres composantes. C'est ainsi que l'&#233;tat de droit est gangr&#233;n&#233; par le militantisme des juges, et cela remet en question la l&#233;gitimit&#233; m&#234;me du politique, outre son efficacit&#233;. Parall&#232;lement, la d&#233;mocratie repr&#233;sentative est bloqu&#233;e par l'ostracisme id&#233;ologique portant sur plus d'un tiers des &#233;lecteurs ; or si cela a un effet &#233;lectoral r&#233;el, cela ne donne pas de solution de gouvernement stable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'h&#233;g&#233;monie, au sens de Gramsci, de l'id&#233;ologie d&#233;mocratique est plus que jamais envahissante. D&#233;j&#224;, les conceptions alternatives sont bien plus faibles qu'auparavant. Ensuite, cette id&#233;ologie a pris une forme nouvelle : elle est d&#233;sormais multiforme, &#233;clat&#233;e, et descend au niveau personnel voire intime (m&#339;urs). Enfin, un autre &#233;l&#233;ment essentiel de la synth&#232;se r&#233;publicaine est affaibli : l'attachement &#224; une communaut&#233; nationale dot&#233;e d'une histoire et d'un patrimoine communs. On cherche &#224; y substituer une conception purement id&#233;ologique, mais loin de r&#233;unir, elle divise, et ne fonde pas une vie commune. On a vu cela &#224; l'ouverture des Jeux Olympiques : l'agitation LGBT et pansexuelle n'est &#233;videmment pas un projet politique pour un pays. Ne reste alors d'un tel spectacle que l'id&#233;e de m&#233;tissage et une juxtaposition relativiste de styles de vie ou de communautarismes, qui trouve par ailleurs son expression concr&#232;te dans une immigration d&#233;brid&#233;e. Mais cela remet par nature en cause le patriotisme : qu'est-ce qu'une communaut&#233; s'il n'y a rien de commun hors ce programme de confusion ? Le tout est aggrav&#233; comme on sait par l'autonomisation du capitalisme mondialis&#233;, qui ronge les solidarit&#233;s. La synth&#232;se &#224; la base de notre syst&#232;me politique depuis un si&#232;cle et demi para&#238;t donc se d&#233;composer, et par l&#224;, la base de vie commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte pr&#233;occupant, on ne peut que souligner la faiblesse des alternatives &#224; cette h&#233;g&#233;monie destructrice : l'influence de la pens&#233;e classique, ou conservatrice au bon sens du terme, reste marginale ; ce qui domine dans l'opposition id&#233;ologique est un populisme au fond un peu simpliste, malgr&#233; l'int&#233;r&#234;t qu'il pr&#233;sente comme r&#233;action instinctive &#224; la d&#233;rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons cependant que le monde en dehors de l'Europe, qui compte de plus en plus, suit de tout autres voies, bonnes ou mauvaises. Le patriotisme y est fort. Et m&#234;me le paysage am&#233;ricain est diff&#233;rent : plus heurt&#233;, mais moins bloqu&#233;. En outre, des blocages ne durent pas ind&#233;finiment, notamment en cas de crise. Cela conforte dans l'espoir qu'il y a une marge d'&#233;volution, m&#234;me si le chemin sera rude et al&#233;atoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine n&#176; 239.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Pourquoi les r&#233;voltes &#233;chouent-elles d&#233;sormais ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Pourquoi-les-revoltes-echouent-elles-desormais.html</link>
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		<dc:date>2024-05-20T14:51:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Id&#233;ologie dominante</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On assiste &#224; un curieux paradoxe depuis 40 ans : nous avons une domination id&#233;ologique et culturelle de la gauche, suppos&#233;e contestataire ; elle est particuli&#232;rement virulente et efficace dans l'imposition d'un type de pens&#233;e et d'une forme de politiquement correct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mouvements de protestation ont pu et peuvent germer et prendre de l'ampleur tr&#232;s rapidement, mobilisant beaucoup de monde, notamment gr&#226;ce aux r&#233;seaux sociaux, et faisant beaucoup de bruit : Occupy Wall street, Indignados, Soul&#232;vements de la terre, Black Lives Matter etc. De gauche en g&#233;n&#233;ral, parfois neutres (Gilets jaunes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ils retombent assez vite malgr&#233; les apparences du d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les r&#233;voltes &#233;chouent-elles d&#233;sormais ? Et pour l'avenir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Principes-politiques-.html" rel="directory"&gt;Sociologie et vie commune&lt;/a&gt;

/ 
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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Revolte-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;chec des mouvements de r&#233;volte dans le monde occidental&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste &#224; un curieux paradoxe depuis 40 ans : nous avons une domination id&#233;ologique et culturelle de la gauche, suppos&#233;e contestataire ; elle est particuli&#232;rement virulente et efficace dans l'imposition d'un type de pens&#233;e et d'une forme de politiquement correct (wokisme et f&#233;minisme dur, &#233;cologie culpabilisante etc.). Et cependant on ne peut que constater l'&#233;chec des mouvements de protestation ou de r&#233;volte (en g&#233;n&#233;ral de gauche, parfois neutres ; on mettra ici de c&#244;t&#233; les mouvements &#224; th&#232;me professionnel). Sur la p&#233;riode il a &#233;t&#233; bien s&#251;r possible &#224; des partis de gauche d'arriver au pouvoir, mais c'&#233;taient des partis classiques, de type social-d&#233;mocrate. Ni r&#233;volutionnaires, ni li&#233;s &#224; des mouvements de protestations. Et ils n'ont pas eu d'impact massif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant des mouvements de protestation ont pu et peuvent germer et prendre de l'ampleur tr&#232;s rapidement, mobilisant beaucoup de monde, notamment gr&#226;ce aux r&#233;seaux sociaux, et faisant beaucoup de bruit. Mais ils retombent assez vite malgr&#233; les apparences du d&#233;but : Occupy Wall street, Indignados, Gilets jaunes, Soul&#232;vements de la terre etc. La plus significative et la plus intense a &#233;t&#233; Black Lives Matter (BLM) aux Etats-Unis, mais l&#224; aussi le souffl&#233; est retomb&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;voltes sont en g&#233;n&#233;ral th&#233;matiques : contre la finance, la politique agricole, des infrastructures lourdes, les Blancs etc. Tr&#232;s vari&#233;es donc, plut&#244;t &#224; gauche mais parfois neutres (Gilets jaunes, un cas un peu &#224; part), avec un point commun : le rejet des gens au pouvoir, v&#233;cus comme une caste. Mais elles ne changent pas grand-chose : des modifications de curseurs, le rappel d'une mesure ponctuelle, ou l'arr&#234;t d'un projet. Sauf &#233;ventuellement &#224; enfoncer le clou dans le champ id&#233;ologique, dans le sens des id&#233;es dominantes, en particulier en bloquant les points de vue diff&#233;rents. Au plus, on aura un effet sur les finances publiques, notamment en France o&#249; le pouvoir ach&#232;te toutes les contestations, notamment depuis Macron, et un effet de blocage encore accru. Mais ces r&#233;voltes ne d&#233;bouchent jamais sur un mouvement politique nouveau, et parfois m&#234;me l'ont exclu explicitement (Gilets jaunes). Aucune synth&#232;se nouvelle ou perspective n'en sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, les &#233;meutes de banlieue &#224; base d'immigr&#233;s ou de leurs descendants n'ont pas non plus d'effet durable autre que de d&#233;pense budg&#233;taire - type 2002 ou 2023, mis &#224; part l'effet local de renforcement de l'anarchie et du r&#232;gne des petits chefs locaux ou des dealers. Elles sont, il est vrai, particuli&#232;rement peu articul&#233;es id&#233;ologiquement ou politiquement ; mais elles sont suffisamment per&#231;ues comme dans le sens de la doxa pour rester sans vraie opposition ou r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, quand la manifestation est class&#233;e &#224; droite et qu'elle n'est donc pas politiquement correcte, il n'y a aucun effet, politique, id&#233;ologique ou budg&#233;taire, quelle qu'en soit l'ampleur (Manif pour tous) &#8211; autre que de rejet dans la rh&#233;torique dominante, voire dissolution des mouvements, m&#234;me simples groupuscules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les r&#233;voltes r&#233;ussissent &#224; renverser un pouvoir, c'est toujours en dehors du monde d&#233;velopp&#233; occidental. Mais cela n'aboutit pas non plus &#224; de vrais changements, sauf en pire : les suppos&#233;s Printemps arabes en sont un bon exemple. On pourrait aussi citer plusieurs retournements appr&#233;ciables en Afrique, ainsi dans le Sahel, mais dont la r&#233;ussite reste l&#224; aussi &#224; d&#233;montrer. A mettre &#224; part cependant, un cas tr&#232;s particulier : les &#233;meutes de Maidan en Ukraine. C'est une r&#233;volte r&#233;ussie, de son point de vue, et qui a d&#233;bouch&#233; sur des &#233;v&#233;nements dramatiques. Mais cela n'a pris d'ampleur que du fait d'un contexte strat&#233;gique unique ; sinon ce serait rest&#233; sans doute une p&#233;rip&#233;tie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir aux pays d&#233;velopp&#233;s, on notera la diff&#233;rence avec les glissements politiques observ&#233;s sur la m&#234;me p&#233;riode, &#224; savoir la mont&#233;e impressionnante des &#171; populismes &#187; et de ce qu'on appelle extr&#234;me droite ; or ces mouvements prennent habituellement grand soin &#224; se d&#233;marquer des r&#233;voltes. On a ici des mouvements politiques bien r&#233;els - m&#234;me si leur doctrine et leurs propositions sont souvent assez peu consistantes. Mais ils restent &#224; contre-courant et ont souvent une r&#233;elle difficult&#233; &#224; gouverner de fa&#231;on originale, hors cas particuliers : voir les cas de Trump, Bolsonaro, Salvini ou Meloni, ou du PIS. Seul l'exemple hongrois a &#233;t&#233; durable. On notera ici encore la diff&#233;rence avec le monde non-occidental, ce dont t&#233;moigne la r&#233;ussite politique d'un Modi en Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un sympt&#244;me de d&#233;liquescence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer la faible r&#233;ussite des mouvements de r&#233;volte, qui sont pourtant eux en g&#233;n&#233;ral en phase avec l'id&#233;ologie dominante ? Rappelons d'abord que les mouvements violents, r&#233;volutions en particulier, terrorismes, ont &#233;t&#233; rarement efficaces dans l'histoire, au vu des buts qu'ils proclamaient. Mais ici c'est l'insignifiance qui domine, du moins &#224; ce stade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une explication possible est le recul des structures collectives qui auraient pu &#224; d'autres &#233;poques leur donner de la consistance sur la dur&#233;e : l'individualisme, le recul de l'associatif, celui encore plus fort de toutes les autorit&#233;s et pas simplement celles &#171; de droite &#187; : syndicats, partis politiques etc. Ces derniers deviennent en effet de simples machines, sans base autre que de quelques militants plus ou moins agit&#233;s mais instables, et tr&#232;s peu dans la population, hors r&#233;sonance temporaire sur des slogans ou des causes vite oubli&#233;s. Voir LFI, voir les &#233;cologistes. Il y a encore moins de base sociale un tant soit peu identifi&#233;e comme l'&#233;tait la classe ouvri&#232;re. On fonctionne en r&#233;alit&#233; sur le mode du spectacle ou m&#234;me du happening, de la flash mob. D'o&#249; la recherche d'effets m&#233;diatiques ou de symboles &#233;motionnels permettant d'agiter les r&#233;seaux sociaux, mis cela n'a qu'un temps. En face, il est vrai, la r&#233;pression est de son point de vue plut&#244;t rus&#233;e, &#233;vitant avec une certaine efficacit&#233; les cycles provocation/ r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre explication est dans les modalit&#233;s de domination de l'id&#233;ologie dominante : suffisante pour imposer ses r&#233;f&#233;rences dans certains domaines symboliquement forts (m&#339;urs et symboles), elle n'est pas &#233;quip&#233;e, ni pertinente, pour mordre v&#233;ritablement sur le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, on a d'un c&#244;t&#233; une agitation sporadique, parfois intense, jamais durable, en g&#233;n&#233;ral en phase avec les id&#233;es dominantes dans les m&#233;dias ou la culture, politiquement correctes et imposant le politiquement correct mais sans aller plus loin ; et de l'autre, comme on l'a vu, des mouvements politiques &#224; base bien plus large, populistes, mais conspu&#233;s par la pens&#233;e dominante. Et dans les deux cas, assez peu de consistance dans les id&#233;es ou programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se dit alors que cela peut durer un certain temps. Une telle constatation n'offre certes pas de certitude pr&#233;dictive. Mais elle montre la difficult&#233; d'un changement politique un tant soit peu significatif dans des soci&#233;t&#233;s pourtant apparemment fluides comme les n&#244;tres. Encore une fois, cela ne fait pas dispara&#238;tre l'emprise apparemment croissante de l'id&#233;ologie, dont on voit les effets &#224; l'Universit&#233;, dans les m&#233;dias ou les tribunaux. Mais la traduction politique ou structurelle en est comparativement limit&#233;e. Au moins pour l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut changer, avec l'accumulation des d&#233;rives, la fatigue des castes au pouvoir, les limites des solutions budg&#233;taires et de l'endettement. Cela dit, en cas de rupture, le gagnant aura bien du mal, entre la r&#233;probation et l'hostilit&#233; qui affectent les droites, et l'impr&#233;paration manifeste, les d&#233;lires intellectuels ou l'inconsistance des gauches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/monde/pourquoi-les-revoltes-echouent-elles-desormais/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/monde/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La convergence mal&#233;fique en Europe : pouvoir de l'id&#233;ologie, pouvoir des juges, pouvoir de la technocratie </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/La-convergence-malefique-en-Europe-pouvoir-de-l-ideologie-pouvoir-des-juges.html</link>
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		<dc:date>2024-03-21T16:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Id&#233;ologie dominante</dc:subject>
		<dc:subject>Souverainet&#233; nationale</dc:subject>
		<dc:subject>Union europ&#233;enne</dc:subject>
		<dc:subject>Pouvoir des juges</dc:subject>
		<dc:subject>Technocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un animal bien &#233;trange que cette Union europ&#233;enne, et qui n'arr&#234;te pas d'interpeller les politologues. Mais par bien des c&#244;t&#233;s il incarne sous une forme extr&#234;me et caricaturale la d&#233;rive de nos suppos&#233;es d&#233;mocraties, o&#249; les pouvoirs dirigeants s'efforcent autant que possible d'&#233;chapper au verdict des &#233;lecteurs, ou plus exactement d'isoler dans un compartiment &#233;tanche une ligne largement id&#233;ologique, confort&#233;e par le pouvoir des juges et celui de la technocratie, quitte &#224; ce que des &#233;quipes divergeant tr&#232;s peu entre elles se disputent le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas tr&#232;s encourageant pour l'avenir de ce qu'on appelle d&#233;mocratie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Union europ&#233;enne, un mutant politique inqui&#233;tant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un animal bien &#233;trange que cette Union europ&#233;enne, et qui n'arr&#234;te pas d'interpeller les politologues. Mais par bien des c&#244;t&#233;s il incarne sous une forme extr&#234;me et caricaturale la d&#233;rive de nos suppos&#233;es d&#233;mocraties, o&#249; les pouvoirs dirigeants s'efforcent autant que possible d'&#233;chapper au verdict des &#233;lecteurs, ou plus exactement d'isoler dans un compartiment &#233;tanche une ligne largement id&#233;ologique, confort&#233;e par le pouvoir des juges et celui de la technocratie, quitte &#224; ce que des &#233;quipes divergeant tr&#232;s peu entre elles se disputent le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouvoir surplombant, &#233;dictant des normes et r&#232;gles qui s'imposent &#224; tous, plac&#233;es au-dessus de toutes les l&#233;gislations nationales, les organes de l'Union europ&#233;enne ne sont pour l'essentiel pas &#233;lus et en tout cas pas directement responsables devant les &#233;lecteurs, alors que l'Union se targue d'incarner la d&#233;mocratie et fait la police des pays membres jug&#233;s d&#233;ficients &#224; cet &#233;gard. Cela reste vrai m&#234;me du Parlement europ&#233;en : en effet, on n'y &#233;lit pas les d&#233;put&#233;s sur la base d'un programme, et on ne les juge pas sur ce qui a &#233;t&#233; vot&#233; pendant la mandature. Les d&#233;bats sibyllins qui s'y d&#233;roulent, expos&#233;s &#224; l'influence des lobbies de tout poil, &#233;chappent totalement &#224; la vue des citoyens et reposent sur la connivence de trois grands groupes de parlementaires que dans la pratique presque rien ne s&#233;pare. Et o&#249; bien s&#251;r les eurosceptiques sont anath&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il ne s'agit pas de d&#233;finir une ligne politique, approuv&#233;e par les &#233;lecteurs, et fond&#233;e sur la responsabilit&#233; envers une communaut&#233;, politique elle aussi. Il s'agit d'appliquer un programme id&#233;ologique, encapsul&#233; dans les trait&#233;s, avec trois axes fondateurs : la concurrence et le libre-&#233;change ; le volontarisme f&#233;d&#233;raliste ; et maintenant les chartes de droits. Qui n'a pas per&#231;u cette dimension essentiellement id&#233;ologique de l'Union europ&#233;enne n'en comprend pas le fonctionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement l'Union a &#233;t&#233; par excellence le lieu de l'affirmation du pouvoir des juges, ph&#233;nom&#232;ne qui touche tous les grands pays dits d&#233;mocratiques, et qui repose directement sur une pr&#233;tention elle aussi id&#233;ologique : donner la primaut&#233; absolue &#224; un catalogue de droits individuels suppos&#233;s &#224; la fois l'emporter sur toute autre consid&#233;ration et progresser sans cesse. D&#233;sormais ces juges consid&#232;rent naturels et &#233;vident de pouvoir litt&#233;ralement juger sur cette base toute loi m&#234;me vot&#233;e. En outre, ce sont les juges qui ont tranquillement pris la d&#233;cision d'accorder la pr&#233;dominance du droit europ&#233;en sur le droit national. Sans aucune d&#233;cision politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat en est le double patronage du juridique et de l'id&#233;ologique, bien plus marqu&#233; qu'au niveau national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me pouvoir renforce les pr&#233;c&#233;dents, celui de la technocratie, directement (par la Commission) ou indirectement (par le d&#233;veloppement continu d'autorit&#233;s dites ind&#233;pendantes). Outre que cette dimension technocratique s'aur&#233;ole de l'autorit&#233; de la science ou de la technique, elle participe de la m&#234;me id&#233;e, qui est au fond de d&#233;politiser la d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre grand p&#244;le du monde occidental, les Etats-Unis, pr&#233;sente bien des sympt&#244;mes analogues, mais leur pr&#233;pond&#233;rance y est moins marqu&#233;e, et surtout le terrain beaucoup plus disput&#233; par d'autres forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;mocratie marginalis&#233;e et contr&#244;l&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que cela signifie pour l'avenir de la d&#233;mocratie ? Le sens th&#233;orique en est le gouvernement du peuple. Mais comme je l'ai montr&#233; dans &lt;i&gt;L'avenir de la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, la d&#233;mocratie moderne est un compos&#233; hybride de trois r&#233;alit&#233;s bien diff&#233;rentes : le gouvernement du peuple (en r&#233;alit&#233; tr&#232;s indirect, &#224; travers des repr&#233;sentants) ; l'&#233;tat de droit ( des proc&#233;dures et un syst&#232;me de droits) ; et l'id&#233;ologie d&#233;mocratique (dont la forme r&#233;cente est la religion pr&#233;dominante du relativisme et des r&#232;gles du jeu, exaltant l'autonomie arbitraire de l'individu).Ces trois composantes ne sont pas n&#233;cessairement li&#233;es en soi, bien que dans la perception ambiante elles se confondent dans l'id&#233;e multiforme de &#8216;d&#233;mocratie'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tendance d&#233;sormais est &#224; la pr&#233;pond&#233;rance de la troisi&#232;me composante, avec instrumentalisation de la seconde, et de fait marginalisation de la premi&#232;re. Ce dernier ph&#233;nom&#232;ne prend des formes diverses mais convergentes : il s'agit notamment d'opposer un bloc seul l&#233;gitime, id&#233;ologiquement correct, &#224; des forces ext&#233;rieures stigmatis&#233;es sous le nom de populisme. Ce qui est facilit&#233; par la marginalisation de ces derniers, qui les rend plus agressives et moins exp&#233;riment&#233;es. L'Union europ&#233;enne est par excellence le lieu o&#249; se d&#233;roule l'op&#233;ration de fa&#231;on pure, mais la France macronienne s'en rapproche diablement. Ailleurs l'op&#233;ration reste imparfaite, mais en cas de besoin l'Union fait la police sans vergogne, comme on le voit en Pologne et en Hongrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il reste &#233;videmment malgr&#233; tout une dimension &#233;lectorale : d'o&#249; la possible remise en cause du sch&#233;ma dominant, comme on l'a vu avec le Brexit (mais cela a suppos&#233; une porteuse politique tr&#232;s forte, dans un pays dont le positionnement &#233;tait tr&#232;s &#224; part) ; ou en cas de r&#233;f&#233;rendum (mais dans ce cas ils sont rares et tourn&#233;s, comme dans la scandaleuse affaire de 2005) ; ou m&#234;me encore par des &#233;lections nationales (et alors on d&#233;roule le harc&#232;lement juridico-financier).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de cela bien s&#251;r, il y a toujours la bonne vieille r&#233;volte populaire, type jacqueries, gilets jaunes, manifs syndicales, paysannes etc. Mais tout au plus mettent-elles en &#233;chec le r&#233;gime sur un point particulier, sans pouvoir le faire en principe, et d&#232;s lors il subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des perspectives peu rassurantes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc, en dehors de ces p&#233;rip&#233;ties, le dualisme ambiant, apparemment d&#233;mocratique mais en r&#233;alit&#233; largement pr&#233;d&#233;termin&#233; et conditionn&#233; id&#233;ologiquement, risque de continuer &#224; dominer. Quelle peut en &#234;tre la signification pour l'avenir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il d'abord des pr&#233;c&#233;dents dans l'histoire ? On a eu des th&#233;ocraties, elles aussi id&#233;ologiques &#224; leur fa&#231;on, mais peu nombreuses et peu durables. Surtout, elles supposaient pour durer un monde stable (le seul cas sur plusieurs si&#232;cles est le Tibet). Or le monde actuel bouge, et l'id&#233;ologie actuelle est une id&#233;ologie du changement et de la remise en cause. On a eu par ailleurs bien des r&#233;gimes r&#233;volutionnaires, mais eux aussi n'ont en g&#233;n&#233;ral pas dur&#233; (apr&#232;s de terribles ravages).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est donc nouvelle. La fragilit&#233; fondamentale du syst&#232;me est le maintien th&#233;orique d'un fondement d&#233;mocratique de la l&#233;gitimit&#233; (au sens premier du terme), mais r&#233;guli&#232;rement bafou&#233; dans la pratique. Quelles sont alors les &#233;volutions possibles - en dehors du maintien chaotique de l'emprise id&#233;ologique et &#233;litiste et de r&#233;voltes populaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re hypoth&#232;se serait en th&#233;orie le retour &#224; un r&#233;gime plus clairement d&#233;mocratique et moins id&#233;ologique. Cela para&#238;t peu &#233;vident au vu des faits observ&#233;s. Ce l'est d'autant moins que l'id&#233;ologie est depuis les origines au fondement du r&#233;gime dit d&#233;mocratique et ne peut donc pas facilement &#234;tre r&#233;cus&#233;e dans son cadre. S'y ajoute l'affaiblissement des Etats-nations par les forces conjugu&#233;es de la mondialisation et de l'individualisme ; et en Europe l'emprise du syst&#232;me europ&#233;en sur les Etats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste un changement de cap. Mais il n'y a pas d'id&#233;ologie alternative en gestation ayant la reconnaissance qui serait n&#233;cessaire, car nous sommes toujours sous l'empire du paradigme relativiste dominant depuis plus de deux si&#232;cles. Et donc la seule hypoth&#232;se restante serait une sortie de fait du syst&#232;me d&#233;mocratique, avec un pouvoir autoritaire, qui pourrait d'ailleurs &#234;tre compatible avec l'id&#233;ologie actuelle. Ce peut &#234;tre m&#234;me par une radicalisation du r&#233;gime, mais cela l'obligerait &#224; prendre plus la forme d'une vrai gouvernement, qui d&#233;cide - bien ou mal. Plut&#244;t mal d'ailleurs, car les bases d'un gouvernement responsable et au service du bien commun ne sont pas pr&#233;sentes. Pas tr&#232;s gai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine &lt;i&gt; n&#176; 233&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/monde/ideologie-juges-et-technocratie-la-convergence-malefique-en-europe/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/monde/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Grand Sud mondial : une r&#233;alit&#233; pragmatique et mouvante</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Le-Grand-Sud-mondial-une-realite-pragmatique-et-mouvante.html</link>
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		<dc:date>2024-03-02T16:04:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Ordre international</dc:subject>
		<dc:subject>Monde fragment&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie dominante</dc:subject>
		<dc:subject>BRICS</dc:subject>
		<dc:subject>Grand sud</dc:subject>
		<dc:subject>Occident</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Y a-t-il &#233;mergence d'un &#8216;Grand Sud' s'opposant au monde occidental ? Certains faits paraissent aller dans ce sens : ainsi l'&#233;largissement des BRICS. Ou les prises de positions sur la guerre en Ukraine : le refus de la quasi-totalit&#233; des pays non-occidentaux de prendre des sanctions contre la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant le terme de Grand Sud reste trompeur, car ce qui caract&#233;rise l'&#233;poque dans les zones concern&#233;es est le pragmatisme et l'opportunisme, pas les grandes alliances strat&#233;giques ou id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Y a-t-il &#233;mergence d'un &#8216;Grand Sud' s'opposant au monde occidental ? Certains faits paraissent aller dans ce sens : ainsi l'&#233;largissement des BRICS. Ou les prises de positions sur la guerre en Ukraine ; en particulier le refus de la quasi-totalit&#233; des pays non-occidentaux de prise de sanctions contre la Russie, malgr&#233; les fortes pressions occidentales, ce qui a comme on sait vid&#233; ces sanctions d'une bonne part de leur efficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant le terme de Grand Sud reste trompeur, car ce qui caract&#233;rise l'&#233;poque dans les zones concern&#233;es est le pragmatisme et l'opportunisme, pas les grandes alliances strat&#233;giques ou id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les organisations : BRICS et OCS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons d'abord les organisations significatives &#224; vis&#233;e mondiale et non occidentales, au moins les plus notables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les BRICS (Br&#233;sil Russie Inde Chine Afrique du Sud) incluent d&#233;sormais l'Arabie Saoudite, l'Egypte, les Emirats, l'Ethiopie et l'Iran ; l'Argentine a failli entrer mais s'est r&#233;cus&#233;e depuis sa derni&#232;re pr&#233;sidentielle. L'ouverture s'est donc faite surtout au Moyen Orient. Les BRICS datent de 2009 et ont tenu 15 sommets annuels. &#192; ce jour il semble que 23 autres pays de taille variable aient demand&#233; de les rejoindre. Ce sont des &#233;conomies &#224; forte croissance ; leur PIB cumul&#233;s d&#233;passent clairement ceux du G7. Mais la Chine est dans une position dissym&#233;trique, pesant &#233;conomiquement plus que tous les autres ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les BRICS ont lanc&#233; en 2015 leur &#8216;Nouvelle banque de d&#233;veloppement', dont le si&#232;ge est &#224; Shanghai. Elle peut accorder jusqu'&#224; 350 milliards de pr&#234;ts, en principe non assortis de conditions contraignantes. On voit la volont&#233; claire d'alternative aux deux institutions de Bretton Woods, FMI et Banque mondiale, dont les pays concern&#233;s font partie mais qui sont nettement sous contr&#244;le occidental. Ils en demandent d'ailleurs la r&#233;forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les BRICS constituent un assemblage assez h&#233;t&#233;rog&#232;ne, r&#233;uni surtout par la volont&#233; de cr&#233;er ou trouver des alternatives au monde &#8216;occidental', notamment dans le champ &#233;conomique et financier, mais sans n&#233;cessairement le r&#233;cuser. La pr&#233;sence simultan&#233;e de pays rivaux comme Arabie Saoudite et Iran (malgr&#233; le rapprochement r&#233;cent sous &#233;gide chinoise), et plus encore de l'Inde &#224; c&#244;t&#233; de la Chine, montre les limites de la signification politique de ce groupement, au-del&#224; du domaine &#233;conomique et financier. La dimension opportuniste est importante, comme le montre &#224; nouveau l'exemple de l'Inde, qui m&#232;ne par ailleurs des relations suivies avec les Etats-Unis, y compris strat&#233;giques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre organisation plus restreinte est l'Organisation de coop&#233;ration de Shanghai (2001), groupant aussi Chine Russie, Inde et Iran, mais aussi divers pays d'Asie centrale et le Pakistan. Plus ramass&#233;e g&#233;ographiquement, son orientation s&#233;curitaire est plus affirm&#233;e : lutte contre le terrorisme et les s&#233;paratismes, paix en Asie centrale, etc. En outre c'est un cadre pour l'expression de la relation &#233;troite entre Chine et Russie. Par contraste avec les positions occidentales (d&#233;mocratie et droits de l'homme, libre-&#233;change) on y met l'accent sur les souverainet&#233;s nationales, l'ind&#233;pendance, la non-ing&#233;rence dans les affaires int&#233;rieures, l'&#233;galit&#233; entre les &#201;tats membres etc. Mais il n'y a pas d'organisation structur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, il y a d'&#233;vidence, et malgr&#233; ses limites, un p&#244;le alternatif Russie-Chine, fortement renforc&#233; depuis la guerre d'Ukraine et le pivotement spectaculaire des relations &#233;conomiques de la Russie, et il joue un r&#244;le appr&#233;ciable dans la structuration d'alternatives au monde occidental. Mais le point essentiel pour la plupart des autres pays para&#238;t &#234;tre la recherche d'alternatives &#224; des relations &#233;conomiques dissym&#233;triques et &#224; des institutions internationales per&#231;ues comme trop occidentales, d'esprit et de direction - bien plus que la constitution d'une forme ou d'une autre d'alliance globale, de fait actuellement inexistante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rappel strat&#233;gique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments r&#233;cents sur le plan strat&#233;gique confirment cette analyse. La guerre d'Ukraine a bien s&#251;r consid&#233;rablement durci les relations de la Russie et des Occidentaux, notamment du fait des sanctions ; mais sans effet d'entra&#238;nement sur d'autres pays. Les pays suppos&#233;s du Sud global restent tout &#224; fait &#224; l'ext&#233;rieur et y voient une affaire locale qui les concerne peu, sauf par les effets induits n&#233;gatifs (hausse des prix notamment). Economiquement ils coop&#232;rent all&#233;grement avec la Russie - et &#233;videmment aussi avec les Occidentaux. Plus, le gel et la menace de confiscation des actifs (ceux de la banque de Russie comme ceux des oligarques) ont eu un effet d&#233;vastateur : pour les dirigeants du monde entier, l'argent n'est plus en s&#233;curit&#233; en Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'autre extr&#233;mit&#233; du continent, le durcissement de la tension entre la Chine et un certain nombre de ses voisins se poursuit, notamment sur le plan maritime, ce qui les rapproche des Etats-Unis ; mais l&#224; aussi, il n'y a pas de r&#233;percussion ailleurs, ou au-del&#224; de cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin une certaine reprise du contr&#244;le am&#233;ricain n'est manifeste qu'en Europe : ailleurs, leur influence potentielle (au-del&#224; des zones vassalis&#233;es) reste li&#233;e &#224; des circonstances locales, comme le prouve l'attitude de l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Afrique, la pouss&#233;e russe est frappante, notamment r&#233;cemment dans le Sahel ; elle s'ajoute &#224; la p&#233;n&#233;tration chinoise pour &#233;largir la gamme des alternatives disponibles pour les pouvoirs locaux, &#233;largissement qui s'&#233;tend d'ailleurs sporadiquement aux Etats-Unis ou &#224; d'autres. Mais on ne voit pas en quoi cela nourrirait un front d'ensemble anti-occidental un tant soit peu manifeste. Par ailleurs, la friction venimeuse entre la plaque europ&#233;enne et la plaque africaine, du fait des migrations, ne para&#238;t pas non plus structurante au niveau global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mutatis mutandis&lt;/i&gt; il en est de m&#234;me pour l'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un mot, il ne faut pas confondre le durcissement de l'&#238;le du monde dans son c&#339;ur russo-chinois, ainsi que ses tensions aux deux extr&#233;mit&#233;s, avec plusieurs ph&#233;nom&#232;nes dans le reste du monde, qui se confirment mais restent de nature tr&#232;s diff&#233;rente : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la recherche assez g&#233;n&#233;rale d'opportunit&#233;s plus diversifi&#233;es (&#233;conomiques ou militaires) ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la volont&#233; des pays dit du Sud d'accro&#238;tre leur poids (ou plut&#244;t celui des plus puissants d'entre eux) dans les institutions et les m&#233;canismes internationaux ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et enfin la lassitude g&#233;n&#233;rale devant les pr&#234;ches id&#233;ologiques occidentaux, ressentis en outre largement comme hypocrites, voire contestables (l'id&#233;ologie LGBT ne passe pas en Afrique par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, on ne retrouve pas des sch&#233;mas connus du pass&#233;, comme la guerre froide et sa bipolarit&#233; franche, dont le Tiers-Monde d'alors cherchait &#224; s'&#233;chapper. Encore moins les probl&#233;matiques europ&#233;ennes de l'&#233;poque des Puissances, avec leurs jeux d'alliances complexes et mouvants. Quant &#224; l'&#233;lection possible de D. Trump, elle ne remettrait pas en cause ces constatations, sauf &#233;ventuellement en Europe, mais cela ne passionnera pas n&#233;cessairement le suppos&#233; Sud global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout cela ne rend pas la situation nouvelle &#233;trange ou d&#233;routante, sauf pour des id&#233;ologues attard&#233;s. Sa fluidit&#233; r&#233;sulte du fait que, comme je l'ai not&#233; par ailleurs, la course au d&#233;veloppement et &#224; l'affirmation de ceux des pays &#233;mergents qui peuvent r&#233;ussir renvoie sans doute les grandes restructurations ou man&#339;uvres strat&#233;giques &#224; un horizon plus lointain (20-30 ans ?). D'ici l&#224;, pragmatisme et opportunisme dominent. C'est ce que dans mon &lt;i&gt;Guide de survie dans une monde instable complexe et non r&#233;gul&#233;&lt;/i&gt; (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Guide-de-survie.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.com/Guid...&lt;/a&gt;), j'ai appel&#233; l'&#339;il du cyclone. Mais cela comporte cependant, dans l'intervalle, et comme je l'indiquais alors, la possibilit&#233; - d&#233;sormais confirm&#233;e en Ukraine - de guerres classiques ici ou l&#224;, et plus g&#233;n&#233;ralement, de disruptions locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une tel contexte, il appara&#238;t particuli&#232;rement peu indiqu&#233; de s'enfermer dans une vision monolithique (les d&#233;mocraties contre le reste), mais au contraire adopter le pragmatisme dominant. Mais cela en restant lucide sur les menaces de d&#233;flagration locale toujours possibles. Ce qui rend d'autant plus urgente la restauration d'une capacit&#233; de d&#233;fense autrement plus muscl&#233;e, dont, dans le cas de la France &#224; l'immense domaine maritime (et situ&#233; dans ce fameux &#8216;Sud' en plein mouvement), une capacit&#233; navale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma&lt;i&gt;, le 26 f&#233;vrier 2024&lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Guide-de-survie-dans-un-monde-instable-heterogene-et-non-regule.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Guide...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Prot&#233;ger le mode de vie europ&#233;en &#187; : la question qui f&#226;che</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Proteger-le-mode-de-vie-europeen-la-question-qui-fache.html</link>
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		<dc:date>2019-10-06T10:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Id&#233;ologie dominante</dc:subject>
		<dc:subject>Union europ&#233;enne</dc:subject>
		<dc:subject>Migrations</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Frau Ursula von der Leyen, habituellement si charmante, si convenable, si politiquement correcte, ne se doutait sans doute pas de la temp&#234;te politico-m&#233;diatique qu'elle allait soulever en proposant un poste de commissaire en charge de la &#171; protection de notre mode de vie europ&#233;en &#187;, en fait des migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On commence &#224; &#234;tre habitu&#233; aux campagnes d'indignation stridente qui sont devenues le mode principal d'expression politique des gens qui comptent. Mais l&#224; c'&#233;tait un mod&#232;le du genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans &lt;i&gt;Politique magazine&lt;/i&gt; de ce mois&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Migrations-+.html" rel="tag"&gt;Migrations&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Article paru dans &lt;i&gt;Politique magazine&lt;/i&gt; de ce mois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.politiquemagazine.fr/sommaire-du-magazine-du-mois/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.politiquemagazine.fr/so...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frau Ursula von der Leyen, habituellement si charmante, si convenable, si politiquement correcte, ne se doutait sans doute pas de la temp&#234;te politico-m&#233;diatique qu'elle allait soulever en proposant un poste de commissaire en charge de la &#171; protection de notre mode de vie europ&#233;en &#187;, en fait des migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On commence &#224; &#234;tre habitu&#233; aux campagnes d'indignation stridente qui sont devenues le mode principal d'expression politique des gens qui comptent, et par l&#224; de canalisation de ce qui est autoris&#233; et de ce qui ne l'est pas. Mais l&#224; c'&#233;tait une mod&#232;le du genre. Tout le monde sur le pont. C'est que pour les opposants, qui couvrent le gros de l'&#233;ventail politique hors une partie du PPE, on est dans une &#171; rh&#233;torique dangereuse et populiste &#187;. Elle a essay&#233; alors de se d&#233;fendre en expliquant que &#171; la dignit&#233; humaine &#187; faisait partie des &#171; valeurs europ&#233;ennes &#187;. Selon Le Monde, elle &#233;crit que &#171; &#8216;le mode de vie europ&#233;en repose sur la solidarit&#233;, la tranquillit&#233; d'esprit et la s&#233;curit&#233;. Nous devons r&#233;pondre et apaiser les craintes et pr&#233;occupations l&#233;gitimes sur l'impact d'une immigration irr&#233;guli&#232;re sur notre &#233;conomie et notre soci&#233;t&#233;' &#187; avant de &#171; plaider pour une meilleure int&#233;gration et une plus grande coh&#233;sion sociale. Ce qui, poursuit-elle, passe par des r&#233;flexions et des actions en mati&#232;re de formation, de culture, de sports &#187;. Voil&#224; qui se veut rassurant pour notre Landerneau. Mais pas suffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne peut marcher d'ailleurs : rien ne dit que l'aimable Ursula ne va pas c&#233;der dans les jours ou semaines qui viennent. Mais quoiqu'il advienne, l'&#233;pisode est particuli&#232;rement r&#233;v&#233;lateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e m&#234;me qu'il faille r&#233;pondre d'une mani&#232;re ou d'une autre &#224; une inqui&#233;tude manifestement r&#233;pandue ne passe pas chez les professionnels de la vertu id&#233;ologique, et a fortiori l'id&#233;e qu'on doive &#8216;prot&#233;ger' un &#8216;mode de vie europ&#233;en'. Car si une protection doit &#234;tre envisag&#233;e, quelle qu'elle soit, c'est &#233;videmment qu'il y a quelque chose qui ressemble &#224; une menace, un danger que ce &#8216;mode de vie' soit remis en cause ou au moins alt&#233;r&#233;. Or le commissaire s'occupera des migrants. Et il ne s'agit &#233;videmment pas d'une menace pour les migrants : implicitement ils sont la menace (y compris involontairement). Menace qui selon ce qui est dit para&#238;t viser deux champs : la solidarit&#233; et l'&#233;conomie d'un c&#244;t&#233;, la soci&#233;t&#233;, la s&#233;curit&#233; et la tranquillit&#233; d'esprit de l'autre. C'est dit gentiment, mais cela va loin. Cela implique logiquement qu'il est concevable que les migrants p&#232;sent sur les syst&#232;mes de s&#233;curit&#233; sociale, ne soient pas une chance pour l'&#233;conomie, modifient les donn&#233;es de la vie commune au point de changer notre mode de vie, et cr&#233;ent de l'ins&#233;curit&#233;, le tout source d'inqui&#233;tude grave. Tout cela peut para&#238;tre une &#233;vidence au citoyen moyen, mais au niveau bien propret de Bruxelles c'est nouveau, et un peu fort de vinaigre. M&#234;me le bon M. Juncker &#233;tait choqu&#233;, entre deux verres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons que ce faisant aucune action nouvelle n'est envisag&#233;e. Ce qu'on comprend est qu'il s'agira de formation, de culture, de sports. A l'&#233;vidence au profit des migrants, la culture et le sport adoucissant les m&#339;urs. Mais pas plus. Rien sur le contr&#244;le des entr&#233;es. Rien sur une quelconque s&#233;lection (ne serait-ce que par rapport &#224; l'&#233;conomie, puisqu'on en parle). Rien bien s&#251;r sur une demande d'int&#233;gration (ne parlons pas d'assimilation). Rien sur des mesures de s&#233;curit&#233;. Le contraste entre ce manque total d'ambition r&#233;elle et la fureur des protestataires n'en est que plus &#233;tonnant. Une seule explication : c'est qu'ils sentent au fond d'eux-m&#234;mes que la meilleure tactique pour eux est de casser le d&#233;bat &#224; la base. Car d&#232;s qu'on commence &#224; parler comme la ch&#232;re Ursula de &#171; mode de vie europ&#233;en &#187;, de &#171; tranquillit&#233; d'esprit et de s&#233;curit&#233; &#187;, et a fortiori de &#171; craintes et pr&#233;occupations l&#233;gitimes &#187; on n'&#233;chappe pas &#224; une s&#233;rie de constatations qui minent le l&#233;nifiant discours dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car dans le mod&#232;le europ&#233;en officiel, la question ne se pose pas. L'Union europ&#233;en d'aujourd'hui se veut fond&#233;e sur un genre de patriotisme constitutionnel &#224; la Habermas : des trait&#233;s, des proc&#233;dures, des d&#233;clarations de droits universels interpr&#233;t&#233;s par des juges, la concurrence et l'uniformisation des lois et des r&#233;glementations. D'ailleurs, dans une tribune ult&#233;rieure, destin&#233;e &#224; se d&#233;fendre, la nouvelle pr&#233;sidente se r&#233;f&#232;re &#224; l'article 2 du trait&#233; de l'Union europ&#233;enne qui d&#233;finit ces &#8216;valeurs communes' : &#171; l'Union est fond&#233;e sur les valeurs de respect de la dignit&#233; humaine, de libert&#233;, de d&#233;mocratie, d'&#233;galit&#233;, de l'&#201;tat de droit, ainsi que de respect des droits de l'homme, y compris des droits des personnes appartenant &#224; des minorit&#233;s. Ces valeurs sont communes aux &#201;tats membres dans une soci&#233;t&#233; caract&#233;ris&#233;e par le pluralisme, la non-discrimination, la tol&#233;rance, la justice, la solidarit&#233; et l'&#233;galit&#233; entre les femmes et les hommes. &#187; Qui donc parle de mode de vie l&#224;-dedans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre pi&#232;ge qu'ont bien senti les censeurs, justement : qu'est-ce qu'on entend sous le terme de mode de vie europ&#233;en ? Les trait&#233;s n'en parlent pas, ils ne parlent que des droits. Et implicitement l'intitul&#233; implique que ce mode de vie europ&#233;en existe d&#233;j&#224;. Or ce ne peut pas &#234;tre uniquement et directement la s&#233;curit&#233; ou la solidarit&#233; : c'est donc a priori quelque chose d'autre, qui peut &#224; son tour &#234;tre source de s&#233;curit&#233; ou de solidarit&#233;. Une culture ? Une sociologie ? Une mani&#232;re d'agir ou d'&#234;tre ? Forc&#233;ment quelque chose de ce genre. Appuy&#233;es sur des lois bien s&#251;r ; mais pas uniquement, puisque ces lois ne suffisent pas pour conjurer la menace. De fil en aiguille, on entre alors dans un domaine qui commence terriblement &#224; ressembler &#224; la probl&#233;matique de l'identit&#233;, ou du patriotisme. Mais alors, nouveau danger, que les censeurs connaissent bien : pas plus qu'il n'y a de peuple europ&#233;en il n'y a pas de culture commune ou d'identit&#233; (quel que soit le sens de ce mot) europ&#233;enne. Bien s&#251;r il y a des &#233;l&#233;ments communs, nombreux, mais ce ne sont que des aspects, des ressemblances, un pass&#233; en partie commun ; mais cela ne fait pas une repr&#233;sentation d'ensemble comme au niveau national, encore moins une communaut&#233;. Concr&#232;tement d'ailleurs, si on veut assimiler des migrants, ou m&#234;me simplement les int&#233;grer, ce sera comme fran&#231;ais, allemands etc. ; pas comme europ&#233;ens g&#233;n&#233;riquement : cela ne voudrait rien dire. Au mieux alors l'Europe viendrait en aide, de fa&#231;on subsidiaire, &#224; ces communaut&#233;s qui sont d'abord nationales. Mais cela impliquerait un virage &#224; 180&#176; de l'id&#233;e que l'Europe a d'elle-m&#234;me. Virage qui serait bienvenu d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est hautement improbable que Frau von der Leyen veuille s'engager dans cette voie. Mais comme les censeurs l'ont bien vu, tout se tient. Si elle met le doigt dans l'engrenage, la question maudite va s'accr&#233;diter. Il lui faudra aller plus loin, dans une direction qu'ils abhorrent. Et donc on pilonne, pr&#233;ventivement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La faute au seul capitalisme ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/La-faute-au-seul-capitalisme.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie dominante</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;C'est devenu un th&#232;me &#224; la mode dans le microcosme catholique : tous nos maux sont dus au lib&#233;ralisme &#233;conomique et &#224; lui seul. Pas seulement la d&#233;gradation de l'environnement ou la mont&#233;e des in&#233;galit&#233;s, ce qui a du sens. Mais la loi Taubira, la d&#233;gradation de la famille, la GPA, l'avortement, la laideur ambiante, la d&#233;gradation de l'orthographe, l'immigration, Madame Vallaud Belkacem, Daech, l'Arabie S&#233;oudite, les guerres&#8230; Peu importe l'effet, la cause est universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle pens&#233;e est bien confortable...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Capitalisme-+.html" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Ideologie-dominante-+.html" rel="tag"&gt;Id&#233;ologie dominante&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Ideologie-+.html" rel="tag"&gt;Id&#233;ologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lanef.net/t_article/la-faute-au-seul-capitalisme-pierre-de-lauzun-26285.asp?page=1&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lanef.net/t_article/la-f...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
La faute au seul capitalisme ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est devenu un th&#232;me &#224; la mode dans le microcosme catholique : tous nos maux sont dus au lib&#233;ralisme &#233;conomique et &#224; lui seul. Pas seulement la d&#233;gradation de l'environnement ou la mont&#233;e des in&#233;galit&#233;s, ce qui du sens. Mais la loi Taubira, la d&#233;gradation de la famille, la GPA, l'avortement, la laideur ambiante, la d&#233;gradation de l'orthographe, l'immigration, madame Vallaud Belkacem, Daech, l'Arabie saoudite, les guerres&#8230;Peu importe l'effet, la cause est universelle. Partout c'est pour gagner leur fric que les capitalistes r&#233;pandent le mal, et on retrouve leur main sale et int&#233;ress&#233;e derri&#232;re tout ce qui ne va pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle pens&#233;e est bien confortable. D'abord parce que les capitalistes ce sont les autres, les riches, les puissants. Plus besoin de s'interroger sur nos propres pratiques. Ensuite parce que l'explication s'applique &#224; tout. Plus besoin d'analyser la question ; on trouve toujours le m&#234;me coupable &#224; la fin. Sauf que la r&#233;alit&#233; est un peu plus complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement d'abord un minimum d'analyse montre que les id&#233;es nouvelles qui ont progressivement mis &#224; bas la chr&#233;tient&#233; remontent au XVIIe si&#232;cle, bien avant l'arriv&#233;e du lib&#233;ralisme &#233;conomique. La d&#233;marche qui a conduit Machiavel, Hobbes, Locke puis les &#171; Lumi&#232;res &#187; et leurs successeurs ne r&#233;sulte pas d'un plan machiav&#233;lique des financiers du temps mais d'un tournant majeur, anthropologique, l'instauration d'un nouveau paradigme o&#249; l'homme pr&#233;tend se construire lui-m&#234;me et sa soci&#233;t&#233; sans r&#233;f&#233;rence une v&#233;rit&#233; morale objective et &#224; Dieu. D&#233;veloppement fondateur (ou plut&#244;t destructeur) qui fera petit &#224; petit sentir ses effets jusqu'au relativisme actuel. L&#224; est le fait essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement ensuite parce que les puissances d'argent ne sont pas &#224; l'origine des id&#233;es mais &#224; leur remorque. Les Bill Gates et autres Soros mettent des milliards &#224; la disposition de ces id&#233;es d&#233;l&#233;t&#232;res. Mais ils ne les ont ni invent&#233;es ni d&#233;velopp&#233;es. L'avortement, le f&#233;minisme outrancier, la GPA, la d&#233;gradation de la famille ont &#233;t&#233; imagin&#233;s par d'autres et l'emportent parce que conformes &#224; l'id&#233;ologie dominante. Mais ce ne sont pas des business significatifs. Leur importance anthropologique est tout autre que leur importance financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas dire que le lib&#233;ralisme &#233;conomique soit inoffensif, sous sa forme radicale et d&#233;brid&#233;e. Dans son domaine propre d'abord, &#233;conomique : on ne voit que trop ses effets destructeurs sur les communaut&#233;s nationales et leurs patrimoines culturels, sociaux et &#233;cologiques. Ensuite par sa diffusion d'une image unidimensionnelle de l'homme, r&#233;duit au r&#244;le de simple producteur ou consommateur. Mais aurait-il tant d'influence si au pr&#233;alable le syst&#232;me de pens&#233;e et de valeur collectif n'avait &#233;t&#233; boulevers&#233; par des id&#233;ologies enracin&#233;es profond&#233;ment en nous ? En fait la relation entre eux est autre. Quand il n'y a plus de vraies valeurs communes, seul l'argent peut servir d'arbitre, car il est parfaitement neutre &#224; leur &#233;gard. Consid&#233;rer un enfant &#224; na&#238;tre comme une marchandise d&#233;montre la corruption de nos repr&#233;sentations collectives, qui n'ont plus d'inhibition et ouvrent la porte &#224; toutes les pratiques. Mais sur ce march&#233; ignoble, c'est la demande qui pr&#233;c&#232;de l'offre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que toutes ces critiques laissent ouverte la question : que faire &#224; la place ? Personne ne propose une &#233;tatisation &#224; la sovi&#233;tique, et il est peu cr&#233;dible de tout construire avec des coop&#233;ratives ou des associations ; en outre rien ne garantit qu'elles seront vertueuses. L'Eglise l'avait bien compris qui a toujours d&#233;fendu un syst&#232;me &#233;conomique d&#233;centralis&#233;, libre mais r&#233;gul&#233;, ce qui suppose la propri&#233;t&#233; et l'entreprise - et simultan&#233;ment un profond renouvellement de nos valeurs, et donc notre conversion. Le march&#233; trouve sa place dans cette vision, car comment faire interagir autrement des personnes et des entreprises libres de leur action ? Beno&#238;t XVI avait eu la finesse de distinguer le march&#233; comme outil, des priorit&#233;s de ses participants : ce sont ces priorit&#233;s qui l'orientent et lui donnent sa direction. Plus, bien s&#251;r, les r&#232;gles qui le r&#233;gissent, et donc le niveau politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne r&#233;formera donc pas notre soci&#233;t&#233; malade et ses d&#233;viances perverses, y compris son mat&#233;rialisme et le culte de l'argent, en ne s'en prenant qu'&#224; un capitalisme fantasm&#233; suppos&#233; racine de tout. Il est &#233;videmment une partie importante de la question. Il n'est pas la seule question. Changer les priorit&#233;s personnelles et collectives va bien au-del&#224;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Canaliser la pens&#233;e collective : le filtre de l'id&#233;ologie dominante</title>
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		<dc:date>2013-10-09T16:27:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Id&#233;ologie dominante</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pourquoi les manifestations publiques qui vont contre la pens&#233;e dominante sont-elles si peu prises en compte ? Pourquoi les uns b&#233;n&#233;ficient de l'int&#233;r&#234;t bienveillant des m&#233;dias alors que d'autres sont suspects d&#232;s qu'ils ouvrent la bouche ? Pourquoi parle-t-on aussit&#244;t de 'd&#233;rapage' ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne peut s'expliquer seulement par les tendances politiques des journalistes, ni par un suppos&#233; complot. Il s'agit de quelque chose de plus profond, qui va au-del&#224; du politiquement correct : un m&#233;canisme d'h&#233;g&#233;monie sur la pens&#233;e, int&#233;rioris&#233; par la plupart de ceux qui ont acc&#232;s &#224; la parole ou plut&#244;t &#224; son expression collective. C'est en fait une forme de r&#233;gulation sociale non reconnue, et en l'esp&#232;ce perverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renverser une telle h&#233;g&#233;monie n'est pas une mince affaire et demande un bouleversement profond, qui prend du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Idees-politiques-.html" rel="directory"&gt;Id&#233;es politiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Ideologie-dominante-+.html" rel="tag"&gt;Id&#233;ologie dominante&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Canaliser la pens&#233;e et le d&#233;bat collectif : comment op&#232;re le filtre de l'id&#233;ologie dominante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les manifestations de la Manif pour tous, mobilisant &#224; plusieurs reprises des foules qui &#233;taient sans doute de l'ordre du million de personnes, et en tout cas de loin parmi les plus importantes enregistr&#233;es en France selon les chiffres m&#234;mes du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, ont eu en d&#233;finitive si peu d'impact sur le d&#233;bat collectif ? Pourquoi le gouvernement peut-il impun&#233;ment faire l'impasse sur cette manifestation massive d'opinion, comme sur les 700 000 signatures de la p&#233;tition de mars ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les manifs du Printemps arabe, qui se faisaient au nom de la d&#233;mocratie et de la libert&#233; entra&#238;nent-ils tous spontan&#233;ment la sympathie des m&#233;dia, mais tout autant les putschs militaires r&#233;primant les islamistes &#233;lus selon cette m&#234;me d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi tout ce que faisait Beno&#238;t XVI, class&#233; conservateur en mati&#232;re de m&#339;urs et d'organisation de l'Eglise, &#233;tait imm&#233;diatement et syst&#233;matiquement interpr&#233;t&#233; en mauvaise part, alors que tout ce que fait son successeur Fran&#231;ois, class&#233; progressiste, est aussi syst&#233;matiquement applaudi aussit&#244;t, m&#234;me quand il parle comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs ou quand c'est bizarre dans sa fonction ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que parce que les journalistes sont de gauche en majorit&#233; ? C'est s&#251;rement une partie de la r&#233;ponse. Mais cela n'explique pas tout. Outre qu'il resterait pr&#233;cis&#233;ment &#224; expliquer pourquoi, cela ne rend pas compte de l'unanimit&#233; irr&#233;sistible de l'interpr&#233;tation et de l'acceptation imm&#233;diate par tous de cette r&#232;gle d'expression collective, m&#234;me finalement par la plupart de ceux qui ne sont pas de gauche et qui constituent une majorit&#233;. C'est d'autant plus vrai que toutes les id&#233;es dites de gauche ne jouent pas le m&#234;me r&#244;le dans cette mobilisation unanimiste pour la protestation ou l'applaudissement. Notamment ce qui est vraiment socialiste au sens initial du terme (social) est loin de susciter la m&#234;me approbation. En fait ce qui est vraiment dominant c'est tout ce qui est lib&#233;ral de gauche ou progressiste bobo etc. : les m&#339;urs, une certaine compr&#233;hension de la d&#233;mocratie ou des droits, le relativisme des valeurs morales personnelles etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se passe donc comme si ce qui touche &#224; cet ensemble exer&#231;ait une sorte d'h&#233;g&#233;monie sur la pens&#233;e et plus encore l'expression publique telle que m&#234;me ceux qui ne seraient pas fondamentalement de cette &#233;cole de pens&#233;e sont en quelque sorte inhib&#233;s et pr&#233;f&#232;rent ne pas heurter frontalement l'expression dominante, soit dans l'expression publique, soit m&#234;me dans l'&#233;laboration de leur pens&#233;e. Ce terme d'h&#233;g&#233;monie est celui qu'avait utilis&#233; en son temps le th&#233;oricien communiste italien Gramsci, pour d&#233;signer l'emprise sur la pens&#233;e d'une grille de r&#233;flexion et d'expression dominante. Son analyse reste sur ce plan visionnaire. Ce terme d'h&#233;g&#233;monie se relie bien entendu &#224; celui de paradigme, un paradigme &#233;tant pr&#233;cis&#233;ment ce qui canalise, structure et d&#233;finit l'ensemble de la production de pens&#233;e d'une &#233;poque o&#249; un tel paradigme domine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel r&#233;gime de la pens&#233;e, on peut juridiquement penser autrement, mais l'ensemble du fonctionnement social refoule alors la pens&#233;e rebelle ou non conforme : elle se borne d'abord &#224; ne pas tenir compte de l'expression, puis elle limite cette expression, et lorsqu'elle prend des proportions, elle l'anath&#233;mise. C'est alors comme parle de 'd&#233;rapage'. Le d&#233;rapage c'est tout ce qui d&#233;pla&#238;t &#224; la pens&#233;e dominante. Mais dans la plupart des cas, vous pouvez parler mais on se moque de ce que vous dites et on ne relaie pas, sauf pour d&#233;noncer. Ce ph&#233;nom&#232;ne est plus large que ce qu'on appelle le politiquement correct : ce dernier est une fonction sp&#233;cialis&#233;e de police de la pens&#233;e, utilis&#233;e pour traquer l'expression de certaines pens&#233;es jug&#233;es &#234;tre des sympt&#244;mes graves, justifiant une r&#233;pression sp&#233;cifique. Alors que le paradigme, la pens&#233;e h&#233;g&#233;monique, op&#232;re beaucoup plus largement, positivement comme n&#233;gativement, pour r&#233;guler et orienter toute la production collective d'opinions. C'est donc en r&#233;alit&#233; une structure essentielle de r&#233;gulation sociale, sans doute centrale dans le fonctionnement de notre soci&#233;t&#233;. L'ennui, c'est que ce n'est pas la bonne structure, ce ne sont pas les bons principes&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment d&#233;passer ce blocage stup&#233;fiant ? La seul vraie bonne r&#233;ponse est malheureusement : en changeant de paradigme. Or on sait que c'est une op&#233;ration lourde, car cela &#233;quivaut &#224; une forme de r&#233;volution mentale. Elle est bien plus radicale que celle op&#233;r&#233;e depuis 30 ans par l'&#233;volution des m&#339;urs, car celle-ci allait justement dans le sens du paradigme dominant, fonci&#232;rement relativiste, mais qui dans l'&#233;poque ant&#233;rieure n'&#233;tait pas pouss&#233; au bout de sa logique. Car depuis 1789 rien dans notre syst&#232;me, au fond, ne justifiait qu'on g&#234;n&#226;t l'individu dans ses d&#233;sirs les plus aberrants, dans la mesure o&#249; cela ne touchait pas directement la m&#234;me possibilit&#233; pour son voisin &#8211; mais on n'allait pas au bout de l'id&#233;e, du moins pas collectivement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais changer de paradigme est une op&#233;ration qui demande beaucoup de temps et comme l'a montr&#233; le philosophe am&#233;ricain Kuhn en mati&#232;re de connaissance scientifique, suppose &#224; la fois un &#233;chec du paradigme ant&#233;rieur et la n&#233;cessit&#233; reconnue de le d&#233;passer pour r&#233;pondre &#224; des questions manifestes et urgentes. Ce qui veut dire implicitement que pendant toute une p&#233;riode le paradigme ant&#233;rieur continue &#224; dominer mais que des voix de plus en plus nombreuses, et des pratiques r&#233;elles, clament son insuffisance et la n&#233;cessit&#233; de passer &#224; autre chose, apparemment en vain. Cette proclamation non reconnue et ce v&#233;cu alternatif peuvent donc durer longtemps. Et il ne faut pas se d&#233;courager dans l'intervalle. Mieux vaut donc le savoir &#224; l'avance&#8230;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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