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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Le r&#244;le du don dans l'&#233;conomie </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Le-role-du-don-dans-l-economie.html</link>
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		<dc:date>2022-09-14T12:12:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Economie et don</dc:subject>
		<dc:subject>Entreprise et gratuit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Gratuit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un fait est clair : la place du don dans l'&#233;conomie ne saurait se r&#233;soudre au r&#244;le subalterne et p&#233;riph&#233;rique qui lui est reconnu par la pens&#233;e commune. L'&#233;conomie comprise de fa&#231;on r&#233;ductrice comme la seule activit&#233; marchande mesurable n'est qu'une partie de l'activit&#233; de l'homme. Des pans entiers essentiels de la vie commune &#233;chappent &#224; sa logique, et notamment la gratuit&#233;. La famille en est un exemple &#233;vident, ou l'associatif. Plus largement, le don est essentiel &#224; la constitution de tout lien social, comme je le rappelle &#224; la suite de bien d'autres, notamment dans mon livre La finance peut-elle &#234;tre au service de l'homme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc retrouver la probl&#233;matique du don au sein m&#234;me de l'activit&#233; &#233;conomique. L'analyse habituelle du march&#233; comme de l'Etat est donc terriblement r&#233;ductrice. Inversement, vouloir remettre en cause radicalement l'&#233;conomie (d'&#233;change ou &#233;tatique), au profit du don, comme certains l'&#233;voquent notamment en contexte chr&#233;tien, est comme tel une utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est l'occasion de r&#233;fl&#233;chir au r&#244;le du don dans la soci&#233;t&#233; et plus particuli&#232;rement dans l'&#233;conomie. On verra qu'il est essentiel et m&#234;me vital, car c'est lui qui fonde la communaut&#233;. Et que cela joue de ce fait un r&#244;le essentiel dans la vie m&#234;me de ces formes de communaut&#233; de travail que sont les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Economie-generale-a-.html" rel="directory"&gt;Economie g&#233;n&#233;rale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Entreprise-et-gratuite-+.html" rel="tag"&gt;Entreprise et gratuit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Gratuite-+.html" rel="tag"&gt;Gratuit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un fait est clair : la place du don dans l'&#233;conomie ne saurait se r&#233;soudre au r&#244;le subalterne et p&#233;riph&#233;rique qui lui est reconnu par la pens&#233;e commune. L'&#233;conomie comprise de fa&#231;on r&#233;ductrice comme la seule activit&#233; marchande mesurable n'est qu'une partie de l'activit&#233; de l'homme. Des pans entiers essentiels de la vie commune &#233;chappent &#224; sa logique, et notamment la gratuit&#233;. La famille en est un exemple &#233;vident, ou l'associatif. Plus largement, le don est essentiel &#224; la constitution de tout lien social, comme je le rappelle &#224; la suite de bien d'autres, notamment dans mon livre La finance peut-elle &#234;tre au service de l'homme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc retrouver la probl&#233;matique du don au sein m&#234;me de l'activit&#233; &#233;conomique. L'analyse habituelle du march&#233; comme de l'Etat est donc terriblement r&#233;ductrice. Inversement, vouloir remettre en cause radicalement l'&#233;conomie (d'&#233;change ou &#233;tatique), au profit du don, comme certains l'&#233;voquent notamment en contexte chr&#233;tien, est comme tel une utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est l'occasion de r&#233;fl&#233;chir au r&#244;le du don dans la soci&#233;t&#233; et plus particuli&#232;rement dans l'&#233;conomie. On verra qu'il est essentiel et m&#234;me vital, car c'est lui qui fonde la communaut&#233;. Et que cela joue de ce fait un r&#244;le essentiel dans la vie m&#234;me de ces formes de communaut&#233; de travail que sont les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le central du don&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je le rappelais dans La finance peut-elle &#234;tre au service de l'homme ? , notamment sur la base des travaux de J. Godbout, &#171; l'utilitarisme fa&#231;onne notre pens&#233;e, or pour lui le vrai don serait d&#233;sint&#233;ress&#233; et c'est impossible ; il ne conna&#238;t d&#232;s lors que l'Etat et le march&#233;. Mais une personne qui nie la pertinence du don vit en g&#233;n&#233;ral elle-m&#234;me pour sa famille, &#224; qui elle donne gratuitement une bonne partie de son temps et de son argent. C'est plus g&#233;n&#233;ralement le don qui cr&#233;e la relation dans la soci&#233;t&#233; puisque le lien qu'il cr&#233;e persiste dans le temps et n'est pas annul&#233; par un paiement comme dans une op&#233;ration commerciale. En outre, la soci&#233;t&#233; est compos&#233;e d'hommes qui cherchent &#224; se s&#233;duire et &#224; s'apprivoiser en cr&#233;ant des liens, ce qui prend du temps et demande certains actes, dont principalement les &#233;changes de dons, m&#234;me s'ils sont plus ou moins orient&#233;s vers une contrepartie ultime. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'homme n'agissant que dans le cadre d'une soci&#233;t&#233;, il a un besoin vital du lien social. [&#8230;] S'il n'y a plus de lien, il ne reste que l'individu, solitaire plus que libre, fragile et vuln&#233;rable, et surtout st&#233;rile. Mais si on a un besoin vital de lien social, on a un besoin du don, m&#234;me dans les activit&#233;s ayant une dimension mat&#233;rielle importante, donc en &#233;conomie aussi. [&#8230;] La logique du don a sa place &#224; l'int&#233;rieur de l'activit&#233; &#233;conomique normale, car lui seul cr&#233;e de la socialit&#233; : une entreprise par exemple p&#233;ricliterait si les employ&#233;s ne donnaient pas plus que ne vaut leur salaire ; de m&#234;me l'administration si les fonctionnaires n'avaient aucun sens du service public. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Activit&#233; &#233;conomique et relations humaines&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re &#233;tape alors est la reconnaissance de l'enjeu essentiel des relations humaines, y compris dans l'activit&#233; &#233;conomique. Une source majeure de r&#233;flexion est ici l'&#233;cole italienne de l'&#233;conomie civile. Simona Beretta d&#233;veloppe par exemple cette question de fa&#231;on stimulante. Elle montre que la source principale de richesse qui est le travail humain, et son effet, qui est le d&#233;veloppement personnel ou social, impliquent des relations personnelles, ce qui est &#224; l'oppos&#233; de la relation impersonnelle et contractuelle suppos&#233;e pr&#233;valoir sur les march&#233;s ou les lieux de travail. En fait, tous les actes &#233;conomiques qui comptent supposent une relation personnelle, souvent durable, surtout d&#232;s qu'il y a asym&#233;trie d'information, &#233;conomies d'&#233;chelle, concentration de pouvoir etc. La confiance a une valeur &#233;conomique sp&#233;cifique, et elle comporte une forte dimension personnelle. Et la dimension interpersonnelle, amicale, implique usage du don comme on l'a vu. Mais attention : &#224; nouveau, cela ne veut pas dire que des relations de ce type soient toujours bonnes en soi. Les relations humaines sont ambivalentes, le don compris. Tout d&#233;pend du sens de la relation ; dans le mauvais cas, le r&#233;sultat peut en &#234;tre une forme de d&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est pourtant, poursuit-elle, que dans le langage courant le mot &#8216;gratuit' contient une connotation quelque peu d&#233;pr&#233;ciative : si c'est gratuit, c'est irrationnel. En outre, une gratuit&#233; consciente totale ou presque est rare : c'est surtout la relation des parents avec leurs enfants. Mais justement, dans cette optique l'int&#233;r&#234;t de ces relations de don ne se limite pas &#224; leur contribution au fonctionnement de l'&#233;conomie. L'acc&#232;s mat&#233;riel &#224; des biens est une chose ; la qualit&#233; de la relation humaine, une autre. Si on cherche &#224; optimiser sur la base d'un pur r&#233;sultat mat&#233;riel, la recherche du bien moral appara&#238;t comme un co&#251;t, une contrainte ext&#233;rieure, et le don sera jug&#233; irrationnel. Mais c'est diff&#233;rent si l'optimisation est comprise plus largement. La circulation des biens dans le march&#233;, tout comme les circuits bureaucratiques verticaux, r&#233;duits &#224; eux-m&#234;mes engendrent une forme pauvre de d&#233;veloppement. Mais si on con&#231;oit le d&#233;veloppement plus largement, on inclut la possibilit&#233; d'une circulation de dons, ins&#233;r&#233;e dans le temps. Il se cr&#233;e alors une relation libre, mais o&#249; le receveur est engag&#233; dans une forme de d&#251; envers le donneur, avec des obligations r&#233;ciproques, qui restent libres et non hi&#233;rarchiques. Et ceci comporte n&#233;cessairement des relations humaines larges. L'id&#233;e est donc, dit S. Beretta, que &#171; la force des relations de &#8216;don' &#224; l'int&#233;rieur des soci&#233;t&#233;s est cruciale pour le d&#233;veloppement &#187;. Notamment s'il s'agit de s'adapter &#224; des environnements changeants et de cr&#233;er de nouvelles initiatives. En outre, il faut en permanence entretenir et renouveler les relations au sein de la soci&#233;t&#233;, l'alliance qui en est &#224; la base : il faut prouver &#224; chaque &#233;tape que la confiance mutuelle est m&#233;rit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, S. Zamagni nous rappelle que la science &#233;conomique doit s'ouvrir &#224; l'aspect relationnel, car le c&#339;ur de notre position au sein de la soci&#233;t&#233; n'est pas dans des r&#232;gles, mais dans &#8216;l'&#234;tre avec'. Au d&#233;part dit-il, l'&#233;conomie de march&#233; comportait, outre l'&#233;change et la redistribution, le principe de r&#233;ciprocit&#233;. Mais il s'est perdu avec la r&#233;volution industrielle, d'o&#249; la r&#233;duction de l'&#233;conomie au couple Etat/march&#233;, et une s&#233;rie de dilemmes, comme celui entre efficacit&#233; et justice distributive. D'o&#249; aussi la faiblesse de la production de biens relationnels dans nos soci&#233;t&#233;s (dans lesquels le r&#244;le du don est essentiel). Nos soci&#233;t&#233;s se fondent, dit-il encore, sur une concurrence pour l'acquisition de biens de position (ceux cens&#233;s vous donner un statut dans la soci&#233;t&#233;, au moins une image), qui sont en quantit&#233; limit&#233;e et consomm&#233;s, plus que pour celle de biens relationnels (qui cr&#233;ent une vraie relation) ; d'o&#249; le sentiment de solitude, et l'absence de corr&#233;lation qu'on constate entre richesse et bonheur, car ce dernier d&#233;pend des relations entre personnes. Mais la soci&#233;t&#233; n'est pas viable sans une forme de fraternit&#233; ; la personne n'est pas simplement dot&#233;e de relations, elle en est constitu&#233;e. Dans la r&#233;ciprocit&#233;, le bien apport&#233; par la relation d&#233;pend directement de la connaissance de la personne qu'on a en face. Si on veut que cette r&#233;alit&#233; se traduise aussi dans l'&#233;change, il faut donc, dans le march&#233; aussi, des acteurs orient&#233;s vers la relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un pur v&#339;u pieux, c'est une constatation rationnelle ; &#224; un niveau simple, l'exemple du dilemme du prisonnier le montre dans la th&#233;orie des jeux : quand la relation existe, elle change radicalement, en bien, le r&#233;sultat de l'interaction. En outre, la pratique de la r&#233;ciprocit&#233; modifie nos hi&#233;rarchies de priorit&#233;s. Il faut donc que les acteurs, inspir&#233;s par le principe de r&#233;ciprocit&#233;, comprennent qu'il y a des transferts qui sont indissociables des rapports humains, et cela dans le march&#233; aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle conception est distincte de celle fondant l'Etat-providence. Ce qu'on appelle &#8216;droits sociaux' dans ce dernier cadre est fond&#233; sur une id&#233;e de devoir, assum&#233; par l'Etat. En revanche, les &#8216;biens de gratuit&#233;' nous fixent une obligation int&#233;rieure, n&#233;cessaire au bonheur, et plus qu'une vertu &#233;thique, c'est l'id&#233;e d'un autre type de relation, qui participe en un sens du spirituel. En outre, le march&#233; consid&#233;r&#233; en lui-m&#234;me ne cr&#233;e pas de r&#233;sultat coop&#233;ratif, de confiance. Or le manque de confiance mutuelle est un facteur majeur de sous-d&#233;veloppement (et, peut-on ajouter, une source de co&#251;ts et de mauvais fonctionnement du march&#233;). L'&#233;change ne peut produire un fonctionnement optimal si ces biens d'ordre culturels ne sont pas pr&#233;sents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fondement dans une &#233;thique du bien commun et des vertus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Stefano Zamagni nous rappelle ici un positionnement anthropologique qui est celui de la pens&#233;e classique, qui situe la personne humaine comme &#224; la fois relationnelle, et orient&#233;e vers son bien qui suppose un bien commun. Dans la soci&#233;t&#233; s&#233;cularis&#233;e on parle d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral ; ici on parle de bien commun. Cela implique une culture de la chose commune, impr&#233;gnant autant que possible la soci&#233;t&#233;, non comme une r&#233;alit&#233; mise en surplomb, comme le fait l'Etat ou l'autorit&#233; publique, mais irriguant l'ensemble des relations humaines, y compris les march&#233;s. On pourrait &#234;tre tent&#233; d'y voir une forme d'utopie ; cela serait le cas si c'&#233;tait un programme d'ensemble reconstruisant la soci&#233;t&#233; sur cette base. En r&#233;alit&#233; c'est bien plut&#244;t &#224; voir comme une dimension de la r&#233;alit&#233;, qui n'est pas mise en valeur et prise en compte explicitement dans le cadre de nos soci&#233;t&#233;s, mais qui peut &#234;tre reconnue comme une composante importante de cette r&#233;alit&#233;, &#224; encourager et faciliter autant que faire se peut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle conception &#233;claire alors une autre question centrale, celle de l'&#233;thique, qui est dans une large mesure une question culturelle, une question de formation, dans une optique qui est aussi celle du bien commun. Ce qu'on appelle habituellement &#233;thique rel&#232;ve de l'&#233;thique de responsabilit&#233;, qui fixe nos devoirs envers les autres parties prenantes, ce qu'on peut &#233;largir &#224; l'id&#233;e de solidarit&#233; et au souci de la relation. Plus largement, dans une forme d'autor&#233;gulation une majorit&#233; d'acteurs peut voir un int&#233;r&#234;t pour chacun &#224; fonctionner dans un cadre o&#249; tout n'est pas permis et o&#249; on consent pour soi &#224; des limites car les autres s'y soumettant aussi, chacun est gagnant ; &#224; conditions bien s&#251;r que l'id&#233;e soit bien accr&#233;dit&#233;e dnas la population concern&#233;e. Mais, entre autres limites, cela ne garantit pas le respect de cet id&#233;al ou de ces r&#232;gles. Le principal ressort de rappel externe est alors la r&#233;putation ; c'est un facteur r&#233;el, mais il est vuln&#233;rable, et il se fonde souvent sur un calcul rationnel d'int&#233;r&#234;t qui peut &#234;tre remis en cause lorsqu'il y a int&#233;r&#234;t &#224; le rompre. Dans la pens&#233;e contractualiste dominante, c'est l'accord sur un contrat qui fonde l'obligation. Mais cela n'en ferait une obligation int&#233;rioris&#233;e que s'il y avait consensus r&#233;el de tous sur les r&#232;gles adopt&#233;es, et acceptation de l'id&#233;e que cela nous lie int&#233;rieurement. Or ce n'est pas le cas dans nos soci&#233;t&#233;s, dans la mesure o&#249; on y comprend la libert&#233; comme une absence de contrainte. Il n'y a donc pas de ressort de rappel, et le syst&#232;me mine l'&#233;thique ainsi d&#233;finie. L'&#233;thique des vertus de la tradition classique est tr&#232;s diff&#233;rente. Elle gouverne l'ordre des pr&#233;f&#233;rences lui-m&#234;me : on respecte le code &#233;thique parce qu'on lui donne une valeur en lui-m&#234;me, et cela pour nous-m&#234;mes. La voie ainsi comprise est meilleure, non seulement pour les autres, mais pour nous-m&#234;mes. Il ne s'agit pas ici d'imposer des r&#232;gles et contraintes, mais de modifier la repr&#233;sentation qu'on se fait du bien et son r&#244;le dans notre agir, y compris &#233;conomique. Notons la diff&#233;rence avec l'id&#233;e moderne d'incitation, qui vise &#224; nous orienter mais nous laisse centr&#233;s sur nous, et diminue la confiance puisque nous savons que c'est un prix pay&#233;, ce qui nous conduit &#224; nous interroger sur les motivations sous-jacentes de l'autre et sur sa d&#233;termination &#224; respecter ses engagements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'utopie d'une &#233;conomie du don&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il aller plus loin et remettre en cause radicalement l'&#233;conomie (d'&#233;change ou &#233;tatique), dans son anthropologie m&#234;me, au profit du don ? En contexte chr&#233;tien plus particuli&#232;rement, une alternative &#233;voqu&#233;e par certains serait une &#233;conomie dans laquelle le don, voire la communion, joueraient un r&#244;le central. C'est ce que plusieurs auteurs am&#233;ricains comme Daniel M. Bell Jr., David L. Schindler ou Adrian Walker nous expliquent avec force. Ils partent d'une critique s&#233;v&#232;re du syst&#232;me capitaliste et de son syst&#232;me de valeurs, centr&#233; sur l'int&#233;r&#234;t et le d&#233;sir suppos&#233; insatiable, traitant tout comme marchandise, et ils vont aussi jusqu'&#224; contester l'id&#233;e m&#234;me de raret&#233;. En face de quoi ils mettent en avant le r&#244;le du don et du bien commun, gr&#226;ce au recentrage sur l'autre et ses besoins : nous sommes des personnes en communaut&#233;, vuln&#233;rables aux autres et d&#233;pendants, et non des individus isol&#233;s. La personne est en elle-m&#234;me une richesse, qu'on peut appeler ontologique. Parall&#232;lement, soulignent-ils, cette r&#233;flexion conduit &#224; un souci qualitatif portant sur les biens eux-m&#234;mes, notamment &#224; ne pas f&#233;tichiser les r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques, et &#224; ne pas voir les autres comme des instruments pour nos d&#233;sirs. Et donc &#224; ne pas faire une dichotomie entre une &#233;conomie qui ob&#233;irait &#224; des lois non &#233;thiques, et un comportement de don ou de solidarit&#233; qui interviendrait ensuite. C'est alors notre attitude permanente qui est en jeu, y compris quand nous agissons dans le monde &#233;conomique. Cela dit, ils n'en d&#233;duisent pas v&#233;ritablement une &#233;conomie radicalement diff&#233;rente ; ils admettent les r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques de base : production, consommation, march&#233;s, profits, contrats, division du travail etc. Mais ils visent &#224; bouleverser la logique des relations, quitte &#224; avancer par petits pas. Ce qu'ils nous demandent en d&#233;finitive est de r&#233;pondre &#224; notre vocation, c'est-&#224;-dire de faire ce que nous avons &#224; faire l&#224; o&#249; nous sommes (devoir d'&#233;tat), parce que nous y sommes appel&#233;s, mais avec un &#233;tat d'esprit profond&#233;ment diff&#233;rent, tourn&#233; vers l'autre ; et ce faisant d'agir concr&#232;tement, par petits pas, o&#249; c'est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais du coup, c'est leur fondement th&#233;orique qui para&#238;t &#233;trange, et notamment leur critique radicale de la raret&#233; et du march&#233;. Prenons par exemple le march&#233; : si on r&#233;cuse le r&#244;le de d&#233;miurge de la main invisible, mais qu'on admet que le march&#233; a un r&#244;le l&#233;gitime, comment le comprendre ? Accepter une confrontation d'offres et de demandes, portant sur des quantit&#233;s et des prix possibles de biens &#224; &#233;changer suppose par d&#233;finition une forme de raret&#233;, qui n'est pas explicable par le seul &#233;go&#239;sme ; elle suppose aussi la confrontation d'ordres individuels, n&#233;cessairement imparfaits et partiels. Ce qui appara&#238;t alors est que leur analyse critique du capitalisme &#233;tait, au d&#233;part, insatisfaisante : la forme id&#233;ologique de ce dernier, qui exclut toute consid&#233;ration &#233;thique ou spirituelle, est contestable. Mais l'id&#233;e d'une raret&#233; (d&#233;pendant de l'&#233;tat de la soci&#233;t&#233;) est indiscutable ; en outre, l'action des hommes est loin d'&#234;tre mue par le seul altruisme et a besoin de guidage et d'information ; elle doit donc &#234;tre coordonn&#233;e et arbitr&#233;e par des proc&#233;dures et des m&#233;canismes, dont le march&#233; et l'Etat. March&#233; et entreprise ont en outre l'immense avantage de laisser la personne plus libre de se d&#233;ployer et d'assumer des choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc distinguer les niveaux. L'un est la critique de l'anthropologie qu'on trouve dans bien des manuels d'&#233;conomie, avec sa r&#233;duction simpliste de l'homme &#224; l'homo economicus qui en impr&#232;gne toute la dimension prescriptive, et se prolonge concr&#232;tement dans la financiarisation de l'&#233;conomie, par laquelle elle structure notre vie collective. Une telle critique est indiscutable. Mais, en m&#234;me temps, il faut int&#233;grer ces pr&#233;occupations dans le contexte r&#233;el. Or les outils de l'&#233;conomie ne supposent pas en soi de r&#233;duire de fa&#231;on n&#233;cessaire l'homme &#224; l'homo economicus ; c'est vrai par exemple &#224; nouveau de la confrontation des offres et demandes de biens sur un march&#233;, et de son fonctionnement m&#234;me : le march&#233; est un outil de la soci&#233;t&#233;, dont le r&#233;sultat d&#233;pend directement des priorit&#233;s des acteurs, y compris &#233;thiques et sociales, et de leur comportement effectif. Il n'est donc pas en soi mauvais, au contraire ; il est non seulement compatible avec une anthropologie saine, mais il en fait n&#233;cessairement partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout autre est le niveau d'une possible utopie : l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; qui parviendrait &#224; fonctionner sur un principe de don et de partage devenant le moyen normal de l'activit&#233; &#233;conomique. La g&#233;n&#233;ralisation du don tombe en effet &#224; nouveau sur la question de la raret&#233;. On conna&#238;t les limites de l'&#233;change marchand, par exemple par rapport &#224; la famille ou &#224; l'environnement. Mais le don g&#233;n&#233;ralis&#233; ne procure pas une certitude de rationalit&#233; sup&#233;rieure ; il peut tout autant conduire &#224; la n&#233;gligence de la famille ou de l'environnement, ou &#224; des comportements absurdes de type potlatch. En outre, il est peu vraisemblable que, dans la sph&#232;re des &#233;changes, il r&#233;gule la raret&#233; comme r&#233;ussit &#224; le faire l'&#233;change marchand (ou la r&#233;glementation). Si je donnais toute ma production &#224; la soci&#233;t&#233;, je n'aurais aucune garantie qu'on me donnerait ce que je d&#233;sire, ou m&#234;me ce &#224; quoi j'ai droit (sauf collectivisation, dont on conna&#238;t l'inefficacit&#233;). D'autant qu'il n'y aurait aucun moyen de comparer ce que je donnerais avec ce que je d&#233;sirerais. Et donc (sauf cercles restreints et unis affectivement, comme en famille), cela ne fonctionnerait que si les apports et les d&#233;sirs &#233;taient tr&#232;s &#233;troitement balis&#233;s, donc dans une soci&#233;t&#233; tr&#232;s frugale et surtout tr&#232;s contr&#244;l&#233;e. L'argument d'Adam Smith sur le fait que le boulanger me procure mon pain parce qu'il y a int&#233;r&#234;t est certes dangereux s'il limite les relations &#224; cette seule dimension ; mais il contient une observation indiscutable : le levier de l'int&#233;r&#234;t est plus universellement et constamment pr&#233;sent, et dans le cadre de l'&#233;change marchand, il conduit les deux parties &#224; prendre en compte les int&#233;r&#234;ts de l'autre. A sa fa&#231;on il introduit une dimension de pr&#233;visibilit&#233; et par l&#224; de confiance, m&#234;me si celle-ci recouvre une r&#233;alit&#233; bien plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc rappeler &#224; nouveau l'utilit&#233; fondamentale d'une &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e, d'initiative et de propri&#233;t&#233; priv&#233;e, et donc de l'entreprise et du march&#233;. La divergence de nos auteurs avec l'&#233;conomie actuelle est fondamentalement dans le syst&#232;me de valeur et de priorit&#233;, tant des acteurs que de la soci&#233;t&#233; et de ses r&#232;gles. Mais dans la r&#233;alit&#233; un tel changement du regard, voire une conversion, sont in&#233;vitablement imparfaits et partiels ; et le besoin d'institutions de r&#233;gulation &#233;conomique subsiste, donc le march&#233;, les prix, l'entreprise, les r&#233;glementations publiques etc. Une soci&#233;t&#233; m&#234;me utopique ne pourrait pas fonctionner sans ce type de r&#233;gulation. M&#234;me dans une soci&#233;t&#233; qui serait profond&#233;ment altruiste, tant la confrontation des offres et demandes sur un march&#233; que la r&#233;gulation publique, resteraient indispensables pour arbitrer entre les d&#233;sirs et les possibilit&#233;s et donner une indication de prix, sur la base de laquelle des raisonnements &#233;conomiques sont possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;duisons de ces analyses que le don est essentiel dans la constitution de la soci&#233;t&#233; ; mais aussi qu'on ne peut pas envisager de construire l'ensemble des rapports sur le don. Non seulement parce que ce n'est pas faisable, comme on l'a not&#233;, mais aussi parce que ce ne serait pas vraiment souhaitable. Dans la r&#233;alit&#233; sociale, le don est un syst&#232;me de rapports, lui aussi porteur de contraintes, et il pr&#233;sente ses propres inconv&#233;nients. Dans les soci&#233;t&#233;s anciennes, le rapport de sup&#233;riorit&#233; sociale des classes dirigeantes comportait des &#233;changes de dons avec les cat&#233;gories inf&#233;rieures. Cela cr&#233;ait des rapports sociaux qui &#233;taient certes des sources puissantes de liens intenses, mais in&#233;gaux et parfois oppressifs. En revanche bien s&#251;r, la place congrue qui est faite au don dans nos soci&#233;t&#233;s (et plus encore dans nos mentalit&#233;s conscientes) n'est pas non plus satisfaisante, et encore moins le formidable appauvrissement des rapports sociaux que cela entra&#238;ne. D'o&#249; le besoin de reconna&#238;tre son r&#244;le indispensable et de lui faire la place n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas impensable. Une comparaison tr&#232;s int&#233;ressante est faite par Thomas Piketty dans Capital et id&#233;ologie, entre les biens patrimoniaux d&#233;tenus par l'Eglise dans les Anciens r&#233;gimes, soit entre 25 et 35 % des actifs de la soci&#233;t&#233; concern&#233;e, ce qui lui donnait une capacit&#233; d'action souvent sup&#233;rieure &#224; celle de l'Etat, et le secteur non lucratif actuel, qui, dit-il, d&#233;tient seulement aujourd'hui 1% des actifs en France, et 6 % aux Etats-Unis (et encore cela comprend des fondations qui sont au service d'une cause, en g&#233;n&#233;ral d&#233;finie par une famille et pas toujours purement altruiste). La signification de cette diff&#233;rence est manifeste : certes, notre soci&#233;t&#233; fait assumer les r&#244;les correspondants par l'Etat. Mais justement, pour &#233;quilibrer l'activit&#233; marchande, elle ne laisse plus de r&#244;le au don, et ne table que sur la coercition pure, l'imp&#244;t. Une autre conception est donc possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gratuit&#233; et don dans la vie &#233;conomique, concr&#232;tement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci interpelle directement la conception &#233;conomique moderne, du fait du r&#244;le central qui y est jou&#233; par la recherche et la mesure d'un r&#233;sultat mon&#233;taire. L'id&#233;e d'ins&#233;rer de la gratuit&#233; et par l&#224; le souci de la relation dans nos relations heurte le &#8216;bon sens' actuellement dominant. Mais de quoi parle-t-on ici pr&#233;cis&#233;ment ? On comprend spontan&#233;ment la gratuit&#233; comme le fait de ne pas attendre un retour, quel qu'il soit, de l'action men&#233;e. Or il ne s'agit pas de r&#234;ver d'une gratuit&#233; absolue, encore moins de promouvoir un &#8216;acte gratuit', quasiment existentialiste. M&#234;me en &#8216;donnant' un sourire, d'une certaine fa&#231;on on attend en g&#233;n&#233;ral quelque chose ; m&#234;me la charit&#233; la plus d&#233;sint&#233;ress&#233;e du chr&#233;tien fervent attend en un sens quelque chose, au moins de Dieu, et les Evangiles y encouragent. Inversement, cela comporte au minimum de reconna&#238;tre l'existence de l'autre et une forme d'interd&#233;pendance, c'est-&#224;-dire de relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me en restant dans le cadre de l'activit&#233; &#233;conomique classique, ce dont il s'agit est de ne pas attendre ou escompter syst&#233;matiquement un retour, en tout cas pas un retour consid&#233;r&#233; s&#251;r ou probable, et a fortiori pr&#233;vu juridiquement, et de ne pas le calculer ou le tarifer en permanence. Cela se relie en derni&#232;re analyse et &#224; nouveau &#224; la cr&#233;ation du lien social. Et donc tout simplement au fait de se soucier des autres. C'est manifeste dans le cas du fonctionnement interne d'une entreprise : si chacun calculait en permanence le retour attendu de chaque geste fait au profit de coll&#232;gues ou de l'entreprise elle-m&#234;me, la vie dans cette entreprise serait invivable et elle serait inefficace. Mais cela d&#233;borde manifestement ce cadre et vise la vie &#233;conomique dans son ensemble. Le fait humain premier est &#224; nouveau le lien social, la communaut&#233;, et la n&#233;cessit&#233; de le nourrir et de l'enrichir ; en &#233;conomie, cela se traduit par une production en commun de biens et de services, utile &#224; d'autres. La communaut&#233; suppose un bien commun (celui-l&#224; m&#234;me qui r&#233;sulte de son existence comme telle), une solidarit&#233;, et que chacun en retire ce qu'il est juste qu'il en retire. Ces objectifs sont en eux-m&#234;mes gratuits au sens qu'on a &#233;voqu&#233; de la non-attente d'un r&#233;sultat imm&#233;diat calculable : d&#233;j&#224;, si je suis simplement juste envers les autres, ce n'est pas en vue d'un r&#233;sultat imm&#233;diat, et s&#251;rement pas escomptable. Un premier effet, minimal, de ces r&#233;flexions est de se rappeler que le r&#233;sultat &#233;conomique, le profit, est d'abord un outil technique de gestion visant &#224; v&#233;rifier que la communaut&#233; que nous formons utilise au mieux les ressources disponibles (et produit plus qu'elle ne consomme). Mais si c'est une v&#233;rification finale, ce ne doit &#234;tre ni l'obsession de tous les instants, ni le seul crit&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une analyse pr&#233;cise et convaincante du r&#244;le du don dans l'entreprise comme moyen indispensable de la cr&#233;ation du lien social et par l&#224; de l'activit&#233; commune nous est fournie par Pascal Ide, B&#233;n&#233;dicte de Peyrelongue, Anouk Grevin, Jean-Didier Moneyron dans leur livre&lt;i&gt; Recevoir pour donner (Relancer la dynamique du don au travail)&lt;/i&gt; (2021). Ils montrent que l'action effective de chacun dans l'entreprise ou plus g&#233;n&#233;ralement sur le lieu de travail comporte toujours une part de don, qui non seulement ne rel&#232;ve pas du calcul ou du contrat, mais se trouve amoindrie si pour une raison ou une autre on veut le ramener &#224; cela : le don rel&#232;ve de l'int&#233;r&#234;t de ce que l'on fait et du sens que prend notre interaction avec les autres. Celui qui par exemple se donne &#224; fond &#224; son travail peut mal prendre non seulement l'absence de reconnaissance de cet effort, mais aussi sa requalification en d&#251;, ou sa r&#233;cup&#233;ration par le marketing. Parall&#232;lement, le manager qui croit tout donner peut par-l&#224; fermer la possibilit&#233; pour ses collaborateurs d'une contribution propre de leur part : il faut donc savoir aussi recevoir. Chacun doit donner, reconnaitre le don des autres, et recevoir. Ils r&#233;sument leurs conclusions op&#233;rationnelles en 4 propositions : le don n'est pas toujours o&#249; on l'attend et il faut savoir l'accueillir pour le qualifier (et donc d&#233;j&#224; le voir, et reconna&#238;tre son r&#244;le) ; trop de prescription peut faire dispara&#238;tre le don (si c'est un devoir, ce n'est plus un don, mais alors le salari&#233; n'en fait pas plus que ce qui est stipul&#233;) ; percevoir le don suppose la proximit&#233; (notamment avec les personnes) ; enfin le cycle des dons a besoin d'une juste r&#233;ciprocit&#233; (chacun doit donner et recevoir). Il faut donc une attention constante &#224; la gestion de ces &#233;changes selon la logique du don, sans quoi les personnes vivent et travaillent mal ensemble. Et donc m&#234;me le bon fonctionnement et les r&#233;sultats mesurables supposent une bonne int&#233;gration du jeu des dons r&#233;ciproques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Patrimoine et immat&#233;riel : au-del&#224; des flux comptables&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous venons d'&#233;voquer le r&#244;le central du don. Mais nous avons vu dans d'autres articles sur l'investissement &#233;thique le besoin imp&#233;rieux d'&#233;largir les crit&#232;res des propri&#233;taires comme des dirigeants d'entreprises, pour inclure d'autres consid&#233;rations que le r&#233;sultat comptable, &#224; commencer par l'environnement, le social etc. Or ces crit&#232;res ne sont eux aussi pas calculables, ou pas tous, en tout cas pas comme le r&#233;sultat &#233;conomique classique. L&#224; aussi il faut donc d&#233;passer le r&#233;sultat purement &#233;conomique. Cela va au-del&#224; de ce fait simple mais essentiel que sont les graves limites de nos m&#233;thodes comptables, et je ne parle pas ici seulement des normes IASB, centr&#233;es sur une valeur de march&#233; qui peut &#234;tre discutable, mais de toute comptabilit&#233;, si utile soit-elle. C'est m&#234;me vrai du point de vue du fonctionnement de l'&#233;conomie classique elle-m&#234;me : notamment, sans le patrimoine collectif immat&#233;riel, dans l'entreprise et en dehors d'elle-m&#234;me, et sans le b&#233;n&#233;volat, elle ne pourrait pas grand-chose. A commencer par les lois, les m&#339;urs, les valeurs collectives, la morale ambiante etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore l'entreprise, &#224; travers le bilan, cherche au moins &#224; &#233;valuer son patrimoine physique, et parfois commercial (goodwill). Mais au niveau national, rien de tel. Comme beaucoup l'ont fait remarquer, si je br&#251;le une for&#234;t et que je replante, le PNB augmente. Mais &#233;videmment la communaut&#233; est appauvrie. Il faudrait donc calculer le stock de patrimoine collectif, naturel (environnement, terroirs etc.) ou humain (routes, maisons etc.) ou au moins ses variations pour en affecter le PNB. Mais bien &#233;videmment, m&#234;me cela laisserait de c&#244;t&#233; le patrimoine culturel, moral, sociologique etc. qui fait vivre la soci&#233;t&#233; et lui donne son sens. La d&#233;sagr&#233;gation de la famille, source de malheurs multiples, fait sans doute augmenter le PNB &#224; terme proche. A la charni&#232;re des deux, on trouvera le patrimoine au sens &#233;troit du terme (monuments etc.), dont on peut calculer une valeur, mais qui en r&#233;alit&#233; vaut bien plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc vital d'&#233;largir le regard et de prendre en compte non seulement l'importance cruciale de ces &#233;l&#233;ments, mais qu'eux aussi sont pour nous une forme du don : nous ne les avons pas cr&#233;&#233;s, et le fait de les recevoir implique une forme de d&#251;, comme dans l'encha&#238;nement des dons et contre-dons. Je parle de d&#251; plus que de dette comme certains le font, car le terme dette tend &#224; sugg&#233;rer une r&#233;ponse sous forme de devoir calibr&#233;, de prescription. Or bien souvent la r&#233;ponse appropri&#233;e sera de notre part un contre-don plus que le paiement d'une dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;voqu&#233; le r&#244;le essentiel du don dans la vie sociale, dans la cr&#233;ation du lien social. Il appara&#238;t notamment dans cette communaut&#233; de base qu'est la famille. A bien des points de vue, ce n'est pas l'individu qu'il faudrait prendre comme unit&#233; de base, mais la famille. La pauvret&#233; comme la richesse se vivent en famille. Et ce qui &#233;merge particuli&#232;rement dans le cas de la famille, c'est qu'elle est le lieu du don.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le don est aussi essentiel, notamment dans la formation de la soci&#233;t&#233;, quelle est la place du calcul ? Calcul fond&#233;, rappelons-le, sur la notion de raret&#233;. Plus exactement, comment faire cohabiter une dimension de calcul et une dimension de don ? Prenons l'exemple du travail : ce que fait par exemple la m&#232;re de famille &#224; la maison est &#233;videmment un travail, et cependant il n'est pas r&#233;mun&#233;r&#233; (voir sur ce sujet &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Le-trou-noir-de-la-science.html)&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Le-trou-noir...&lt;/a&gt;. Mais en m&#234;me temps, il n'est pas &#233;vident qu'une r&#233;mun&#233;ration r&#233;pondrait pleinement &#224; ce souci, par exemple sous forme d'un salaire domestique vers&#233; par la soci&#233;t&#233; ; en effet, m&#234;me si c'est bien s&#251;r justifi&#233;, cela ne sera pas commensurable au service rendu, &#224; l'apport v&#233;ritable. Cela aurait l'avantage de faire prendre conscience de la r&#233;alit&#233; &#233;conomique de cet apport, et de le traduire concr&#232;tement, tout en aidant les int&#233;ress&#233;es ; mais sans pr&#233;tendre r&#233;gler la question de la reconnaissance qui leur est due. Car une gratuit&#233; reste une gratuit&#233;, &#224; reconna&#238;tre comme telle. Sans exclure en aucune mani&#232;re une telle r&#233;tribution, il faut donc aller plus loin dans l'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au fond, dans toute soci&#233;t&#233; chacun doit travailler, au sens large du terme travail. Et d'abord travailler au profit de la communaut&#233; o&#249; il vit. Certaines de ces prestations, de ces formes de travail, entrent dans la sph&#232;re marchande ; d'autres non ; d'autres enfin sont impos&#233;es par la loi. Mais en m&#234;me temps, il faut qu'il y ait une forme d'&#233;quit&#233; dans ces &#233;changes de diff&#233;rents types : il faut que le travail de tous, sous toutes ses formes, soit &#224; la fois reconnu et r&#233;tribu&#233;. O&#249; cela peut-il se faire ? Evidemment dans ce qu'on appelle communaut&#233;, qui comporte &#224; la fois une autorit&#233;, des &#233;changes marchands, et des dons ou une forme de gratuit&#233;. Cela commence avec la communaut&#233; de base qu'est la famille. Chacune doit y avoir de quoi se procurer ce qui rel&#232;ve de la sph&#232;re marchande (travail salari&#233; de certains de ses membres, compl&#233;t&#233; par des prestations publiques ou solidaires) ; mais aussi reconna&#238;tre et encourager le travail rendu, d'abord en interne, et aussi en externe dans le cadre de communaut&#233;s plus vastes. Car c'est dans la communaut&#233; que se situe la gratuit&#233;, et sa reconnaissance possible comme &#233;l&#233;ment vital de la vie commune. Il y a donc un lien &#233;troit entre la reconnaissance du r&#244;le de la communaut&#233;, celle de la contribution du don, et la construction du lien social. Non pour &#233;liminer l'&#233;change marchand, parce qu'il est tr&#232;s souvent indispensable, notamment d&#232;s que la relation avec l'autre n'est pas un lien de vraie communaut&#233; ; ni d'ailleurs la coercition, l'autorit&#233; publique, pour des raisons analogues. Mais pour souligner qu'ils sont tous deux limit&#233;s et relatifs. Ajoutons que ceci rejoint les consid&#233;rations plus g&#233;n&#233;rales sur la relativisation de notre rapport &#224; l'argent, aux biens mat&#233;riels, et &#224; la consommation. Dans une large mesure, c'est la m&#234;me question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la famille, ces consid&#233;rations valent aussi pour des communaut&#233;s plus larges, de fa&#231;on adapt&#233;e. C'est notamment vrai de l'entreprise, qui appartient certes d'abord &#224; la sph&#232;re marchande, mais o&#249; des &#233;l&#233;ments de gratuit&#233;, de don doivent &#234;tre pr&#233;sents comme on l'a vu et comme le rappelait avec force Beno&#238;t XVI dans &lt;i&gt;Caritas in veritate&lt;/i&gt;. En t&#233;moigne aussi le bel exemple de ces entreprises qui d&#233;cident de modifier leur culture collective pour organiser syst&#233;matiquement l'emploi de handicap&#233;s ou d'exclus, en les int&#233;grant &#224; part enti&#232;re dans le processus de travail. Cela contribue &#224; cr&#233;er un nouveau rapport social, et b&#233;n&#233;ficie d'ailleurs de ce fait &#224; l'entreprise elle-m&#234;me. Donc &#224; agir par gratuit&#233;, comme une forme de communaut&#233;, y compris dans le cadre d'une entreprise commerciale. Simultan&#233;ment, la science &#233;conomique devrait enfin prendre en compte ces formes de travail donn&#233;, qui constituent une part essentielle de la v&#233;ritable &#233;conomie humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de la soci&#233;t&#233; prise dans son ensemble, les m&#234;mes exigences se retrouvent ; mais il faut alors en admettre aussi les limites. Certes, alors, la notion de communaut&#233; peut et doit subsister, mais elle est plus loin des personnes. D&#232;s lors, le lien marchand et la coercition &#233;tatique y dominent ; cela peut conduire certes, et l&#233;gitimement, &#224; des formes de solidarit&#233; impos&#233;e, mais ce sera avec moins de cr&#233;ation de lien social. C'est l&#224; que l'on per&#231;oit tout le sens du principe de subsidiarit&#233;. Car c'est &#224; la base que le lien se cr&#233;e. Et donc le devoir premier de la communaut&#233; large, nationale, est de favoriser les communaut&#233;s proches, et le sens de la communaut&#233; partout o&#249; il est possible. L&#224; o&#249; se trouve la gratuit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Investir pour le bien commun Deuxi&#232;me partie : quelle &#233;thique pour les entreprises</title>
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		<dc:date>2022-06-01T12:19:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Entreprise et gratuit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Parties prenantes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans un article pr&#233;c&#233;dent, j'ai &#233;voqu&#233; la question g&#233;n&#233;rale de l'investissement &#233;thique, r&#233;alis&#233; dans le souci du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'examinerai ici la question des ciri&#232;res ou des objectifs recherch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On croit trop souvent que la question est simple, et notamment qu'elle se limite au d&#233;veloppement durable, ou m&#234;me au seul probl&#232;me climatique ; ou encore qu'on peut tout mettre sous le fameux sigle ESG : environnement, social et gouvernance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est en r&#233;alit&#233; beaucoup plus large, et inclut en particulier le souci de toutes les parties prenantes de l'entreprise, clients, fournisseurs et communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Finance-privee-.html" rel="directory"&gt;Finance personnelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Entreprise-et-gratuite-+.html" rel="tag"&gt;Entreprise et gratuit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Parties-prenantes-+.html" rel="tag"&gt;Parties prenantes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voir aussi mon livre paru depuis&lt;/i&gt; &#034;Epargner en vue du bien commun : L'investissement &#233;thique&#034; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Epargner-en-vue-du-bien-commun-L-investissement-ethique.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Eparg...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me de l'investissement &#233;thique est &#224; la mode, et c'est plut&#244;t bien en soi. Mais ces mots recouvrent aujourd'hui des r&#233;alit&#233;s tr&#232;s variables. Dans l'approche &#8216;&#233;thique' dominante, par exemple dans les &#8216;Principes de l'investissement responsable' de l'ONU de 2006, ces pr&#233;occupations sont centr&#233;es sur l'environnement, le social et la gouvernance (ESG). En pratique m&#234;me, la dimension environnementale l'emporte, suivie de loin par le &#8216;social'. Ce qui est bon, mais quelque peu limit&#233;. Dans une perspective v&#233;ritablement &#233;thique, et notamment d'inspiration chr&#233;tienne (Doctrine sociale de l'Eglise), il faut que se d&#233;veloppent des grilles d'analyse plus ambitieuses que celle-l&#224;, int&#233;grant le souci de relations &#233;thiques avec l'ensemble des partenaires de l'entreprise, au bon sens du mot &#233;thique, et donc en d&#233;finitive dans la perspective du bien commun. Le vocabulaire en termes d'ESG, actuellement dominant, ne peut pas suffire pour cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, les crit&#232;res officiels d'appr&#233;ciation &#233;thique des entreprises sont &#224; &#233;largir car il y a aussi les responsabilit&#233;s envers les clients, les fournisseurs, les communaut&#233;s o&#249; elle intervient et la communaut&#233; d'origine (ce qu'on appelle les parties prenantes). Certains cherchent &#224; mettre ces pr&#233;occupations sont le nom d'ESG, mais cela implique d'&#233;largir au-del&#224; du raisonnable le sens de ces mots, d'une fa&#231;on qui n'est plus compr&#233;hensible et surtout conduit en pratique &#224; mettre dans l'ombre une partie des exigences correspondantes. Il faudrait au minimum parler d'ESGPP, en ajoutant les &#8216;parties prenantes'. D'autre part, la compr&#233;hension m&#234;me des crit&#232;res peut &#234;tre diff&#233;rente si on se place d'un point de vue &#233;thique &#224; la fois v&#233;ritablement exigeant et bas&#233; sur les r&#233;alit&#233;s, comme on le verra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc que se d&#233;veloppent des analyses plus ambitieuses que les actuelles, plus larges et plus pr&#233;cises. Il s'agit finalement de r&#233;pondre &#224; la question suivante : comment l'entreprise assume-t-elle ses responsabilit&#233;s envers les personnes et diff&#233;rentes communaut&#233;s humaines avec qui elle est en relation, et plus largement avec l'environnement ? Le point central est de consid&#233;rer les institutions &#233;conomiques dans lesquelles on investit comme de v&#233;ritables communaut&#233;s humaines, finalis&#233;es &#224; leur bien commun, et dans lesquelles le d&#233;veloppement humain de ceux qui y participent, et la contribution &#224; la soci&#233;t&#233; au sens large, sont des priorit&#233;s essentielles, dans le cadre d'une &#233;thique objectivement fond&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le verra, les cat&#233;gories que nous utilisons ne sont pas des absolus et se recouvrent en partie. Mais un avertissement, d'ores et d&#233;j&#224; : ne nous laissons pas impressionner par l'ampleur du sujet, qui est consid&#233;rable. Il y a beaucoup &#224; faire, mais ce qui importe d'abord, c'est d'avancer, m&#234;me de fa&#231;on partielle. Ce qui suit ne peut donc &#234;tre qu'une esquisse de la r&#233;flexion &#224; d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons enfin que nous &#233;voquons ici ce qui peut incomber aux entreprises et &#224; leurs responsables. Mais une partie appr&#233;ciable de l'action d&#233;pend aussi des pouvoirs publics, ainsi en mati&#232;re sociale et environnementale. Et notamment la concurrence peut impliquer leur intervention pour &#233;viter que soient p&#233;nalis&#233;es les entreprises au comportement &#233;thique par rapport &#224; leurs concurrents moins scrupuleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s envers l'environnement &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'environnement est avec le social de loin le plus important des crit&#232;res actuellement pris en compte dans ce qu'on appelle finance &#233;thique ou ESG. Il fait partie des crit&#232;res ESG officiels et ne pose pas de probl&#232;me dans son principe. En revanche la pratique est complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci concerne &#233;videmment le d&#233;veloppement durable au sens &#233;troit, le r&#233;chauffement y compris la transition vers le non-carbone et la sortie des carburants fossiles, les ressources naturelles notamment en eau et air, la lutte contre la pollution au sens le plus large (contamination de zones comprise), la pr&#233;servation de la biodiversit&#233;, le respect de zones comme les for&#234;ts pluviales, la non-surexploitation des ressources, la pr&#233;servation de la couche d'ozone, la gestion des d&#233;chets etc. Dans une acception plus large du terme environnement, on peut inclure aussi le refus des exp&#233;rimentations animales ou de l'&#233;levage intensif, voire celui des manipulations g&#233;n&#233;tiques. Ce souci peut m&#234;me &#234;tre &#233;tendu &#224; l'&#233;cologie humaine dans son ensemble, &#224; commencer par les droits de l'embryon. La perspective est alors plus vaste que dans l'approche dominante. En revanche on ne mettra pas sous cette rubrique des questions l&#233;gitimes comme la s&#233;curit&#233; alimentaire, la limitation de l'acc&#232;s des personnes &#224; l'eau, l'air ou la terre, aux m&#233;dicaments ou &#224; la nourriture etc. En effet, cela rel&#232;ve &#224; mon sens plus logiquement de la responsabilit&#233; envers les communaut&#233;s o&#249; l'entreprise intervient, &#233;voqu&#233;e ci-apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me ce domaine d&#233;fini, la pratique est complexe et tr&#232;s technique, et souvent le choix entre les alternatives n'est pas simple. Si on voulait &#234;tre complet, il faudrait une philosophie d'ensemble sur ce qui est jug&#233; bon, neutre ou mauvais dans le processus de production actuel pris dans son ensemble, au vu de son impact actuel et futur sur l'environnement. Or la question de ce qu'on appelle d&#233;veloppement durable, qui est apparemment simple, est en r&#233;alit&#233; assez complexe selon l'horizon choisi, les hypoth&#232;ses d'impact faites, l'&#233;volution attendue du progr&#232;s technique, l'appr&#233;ciation de la renouvelabilit&#233; des ressources etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nergie et les mati&#232;res premi&#232;res, l'activit&#233; mini&#232;re en sont des exemples &#233;vidents. Que faire par exemple avec le nucl&#233;aire ? La r&#233;ponse ne va pas de soi. Le nucl&#233;aire est proscrit par la plupart des fonds anglo&#8208;saxons, alors que les g&#233;rants fran&#231;ais tendent &#224; le retenir favorablement puisque, contrairement aux &#233;nergies fossiles, il ne rejette pas de gaz &#224; effet de serre (&#224; mon sens , c'est avec raison). Mais comme on sait, les risques et co&#251;ts sur le long terme sont difficiles &#224; appr&#233;cier (notamment le stockage final des d&#233;chets). De m&#234;me pour les OGM. Le besoin de se faire une doctrine environnementale est donc majeur, et la r&#233;ponse n'est pas simple. Le manque de donn&#233;es scientifiques, souvent pointues, est en outre ici particuli&#232;rement criant ; et l'investisseur a besoin d'un travail d'&#233;laboration externe significatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc un champ o&#249; le besoin de donn&#233;es et d'analyses est particuli&#232;rement fort ; mais en m&#234;me temps, il est relativement plus quantifiable qu'un autre ; en outre, il y a de plus en plus des demandes r&#233;glementaires en ce sens, ce qui permet d'avoir acc&#232;s &#224; une information non n&#233;gligeable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s envers le personnel et les collaborateurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le social est ensuite parmi les autres crit&#232;res actuels (ESG) le plus important et le plus d&#233;velopp&#233;. La dimension sociale renvoie d'abord &#224; la gestion des ressources humaines : respect du droit du travail, modalit&#233;s de recrutement, formation et gestion des carri&#232;res, reconversion et adaptabilit&#233;, qualit&#233; des conditions de travail, respect de la vie priv&#233;e, dialogue social, participation des salari&#233;s, prise en compte de situation sp&#233;cifiques comme les handicap&#233;s, question de la diversit&#233; du recrutement etc. Dans le cadre des crit&#232;res re&#231;us au niveau international, et notamment dans le cas des multinationales, les entreprises sont invit&#233;es en outre &#224; &#171; respecter la libert&#233; d'association et &#224; reconna&#238;tre le droit de n&#233;gociation collective ; contribuer &#224; l'&#233;limination de toutes les formes de travail forc&#233; ou obligatoire ; contribuer &#224; l'abolition effective du travail des enfants ; contribuer &#224; l'&#233;limination de toute discrimination en mati&#232;re d'emploi et de profession &#187;. Cela inclut le respect des droits de l'homme bien compris ; et peut conduire aussi &#224; agir pour le d&#233;veloppement du droit du travail local. Il faut en effet rappeler que dans le cas de ces entreprises multinationales, ce souci s'applique &#224; des environnements tr&#232;s vari&#233;s et o&#249; le droit du travail est notablement diff&#233;rent de celui des pays avanc&#233;s. En termes de principes, on refusera en outre ce qu'on appelle aujourd'hui discrimination (sexe, race, couleur, religion, langue, condition sociale), m&#234;me si la question est dans la pratique moins simple que ce qui est souvent dit ; il faut notamment &#233;viter la dictature des groupes de pressions id&#233;ologiques de type woke, particuli&#232;rement obsessionnelle et nocive aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une optique &#233;thique, les exigences de l'approche ESG officielle paraissent pouvoir &#234;tre reprises dans leur principe, avec une s&#233;rieuse nuance pour la question de la diversit&#233; des m&#339;urs, tr&#232;s &#224; la mode dans les grandes entreprises, notamment am&#233;ricaines, en partie parce que cela leur permet d'&#233;viter des campagnes hostiles agressives, tout en impliquant assez peu de contraintes pour la vie r&#233;elle des affaires. Au contraire, on respectera les personnes, mais on ne mettra a priori pas sur le m&#234;me plan la famille v&#233;ritable et ces formes diverses de vie priv&#233;e qui au fond ne concernent pas l'entreprise. En outre, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la demande de prise en compte des exigences de la vie familiale doit &#234;tre bien plus marqu&#233;e qu'elle ne l'est habituellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre et surtout, comme on l'a dit, l'entreprise doit &#234;tre comprise comme communaut&#233; d'hommes, au service de la communaut&#233; humaine plus large, avec l'id&#233;e que la personne doit pouvoir se r&#233;aliser dans son travail. Et la r&#233;mun&#233;ration doit permettre de vivre et de faire vivre dignement sa famille. En fait, c'est toute l'entreprise qui doit &#234;tre centr&#233;e sous cet angle sur l'homme, celui qui y travaille, sa famille, et tous les partenaires de l'entreprise. D'o&#249; une approche globale, pouvant m&#234;me inclure une contribution au d&#233;veloppement de la vie priv&#233;e du travailleur &#8211; si celui-ci la souhaite. Car si le collaborateur d&#233;pend de l'entreprise, la r&#233;ciproque est vraie, et plus encore de nos jours avec l'&#233;conomie du savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; aussi, le besoin de donn&#233;es est important, m&#234;me si les lois les imposent dans certains cas ; mais certaines seront sp&#233;cifiques aux exigences &#233;voqu&#233;es ci-dessus et donc difficiles &#224; trouver, hors dialogue direct avec l'entreprise et son environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233; dans la gouvernance, rapports avec les actionnaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gouvernance est le troisi&#232;me crit&#232;re officiel ESG, qui, outre la qualit&#233; du fonctionnement des organes dirigeants de l'entreprise, direction g&#233;n&#233;rale, conseil, AG, s'&#233;largit &#224; l'ensemble des relations avec les actionnaires, &#224; commencer par le respect de leurs droits. Cela comporte en outre la promotion de l'ind&#233;pendance et de la comp&#233;tence des administrateurs, la transparence et le niveau de la r&#233;mun&#233;ration (au sens large) des dirigeants etc. On peut aussi ranger ici l'attitude globale de l'entreprise envers les pr&#233;occupations ESGPP et plus g&#233;n&#233;ralement l'int&#233;gration dans l'ensemble de ses processus de crit&#232;res plus larges que la rentabilit&#233;, ainsi que le respect des engagements pris &#224; cet &#233;gard, par exemple dans les statuts, les d&#233;clarations publiques, ou la &#8216;raison d'&#234;tre'. Certains incluent en outre ici les questions de la corruption, ou des pratiques commerciales choquantes ; mais elles me paraissent plut&#244;t relever elles aussi de la relation avec les communaut&#233;s locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'approche ESG dominante peut &#234;tre l&#224; aussi reprise dans ses traits principaux, notamment la transparence, l'organisation du conseil d'administration etc., une politique pleinement &#233;thique sera logiquement plus exigeante sur la philosophie qu'affiche l'entreprise, notamment en regard des demandes financi&#232;res de ses propri&#233;taires, les actionnaires. Le principe doit &#234;tre pos&#233; que l'entreprise ne peut &#234;tre ordonn&#233;e au seul profit des actionnaires ; en outre, ces derniers ont plus de devoirs que dans la perspective dominante. La r&#233;mun&#233;ration des dirigeants notamment doit &#234;tre alors plus encadr&#233;e en fonction de consid&#233;rations de justice (commutative et distributive). Dans cette logique, il s'agit donc d'aller plus loin, et de veiller &#224; ce que les actionnaires exercent leur r&#244;le de fa&#231;on active et responsable, et puissent le faire sur la base de crit&#232;res plus larges que la rentabilit&#233; (c'est l'ensemble des autres crit&#232;res ici examin&#233;s), et int&#233;gr&#233;s dans sa gouvernance. M&#234;me si un comportement &#233;thique est payant sur la dur&#233;e longue (voir mon ouvrage La finance peut-elle &#234;tre au service de l'homme ?) Notons cependant que de telles consid&#233;rations se font jour ici ou l&#224; dans les cercles professionnels et dans beaucoup d'entreprises, m&#234;me si la pratique est tr&#232;s variable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s envers les clients, y compris sur les produits&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une perspective &#233;thique, la responsabilit&#233; envers les clients, comprise au sens large, est un souci majeur, et c'est l&#224; &#224; mon sens une assez nette diff&#233;rence avec l'approche ESG dominante, qui n'y insiste pas assez. Il est &#233;vident que l'entreprise d&#233;pend de fa&#231;on vitale de ses clients ; mais cela ne veut pas dire que ceux-ci fassent l'objet d'un traitement pleinement satisfaisant sur le plan &#233;thique. Cela vise au minimum la qualit&#233;, la pertinence et la s&#233;curit&#233; des produits et l'information donn&#233;e aux consommateurs. Mais cela s'&#233;tend aussi &#224; la nature des produits fabriqu&#233;s, en fonction de leur r&#244;le au service du v&#233;ritable &#233;panouissement de l'homme, au moins par la d&#233;marche dite d'exclusion : cela vise alors au minimum, les drogues, les jeux d'argent, et la pornographie (un march&#233; colossal de nos jours), les produits abortifs etc. Ces soucis s'entendent naturellement au processus de production, conduisant &#224; &#233;carter par exemple les recherches m&#233;dicales avec utilisation d'embryons ou les exp&#233;rimentations animales abusives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore le d&#233;bat peut exister, ainsi pour les armements : d'un c&#244;t&#233;, ils sont source de mort et contribuent &#224; une course aux armements tr&#232;s dispendieuse. D'un autre c&#244;t&#233;, laisser les industries d'armements &#224; certains pays moins scrupuleux peut &#234;tre bien pire, et l'ind&#233;pendance suppose une capacit&#233; d'armement. Au minimum, le souci &#233;thique comporte en priorit&#233; la lutte contre certaines armes : bact&#233;riologiques et chimiques, mines anti-personnelles et bombes &#224; fragmentation par exemple. De m&#234;me pour les produits addictifs : si tout ce qui conduit &#224; l'addiction est nocif, en revanche un certain usage mod&#233;r&#233; ne pose pas de probl&#232;me. Les anglo-saxons tol&#232;rent mal par exemple la pr&#233;sence de qu'ils appellent alcools (y compris le vin et la bi&#232;re !), alors que ce sont des dimensions anciennes et estimables de notre culture ou de notre alimentation, &#224; dose mod&#233;r&#233;e bien s&#251;r. Dans le cas de la pornographie en revanche, la condamnation est simple et totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la consid&#233;ration des clients et des produits doit aller bien au-del&#224;, en fonction de la fonction sociale du produit propos&#233; : l'entreprise doit proposer des produits utiles et s&#251;rs, durables, et &#224; un juste prix. Cette derni&#232;re question est bien plus importante qu'on ne l'estime habituellement ; et nos contemporains aussi d&#233;testent &#234;tre &#8216;grug&#233;s'. Or autant, voire plus que le jeu du march&#233;, c'est d&#233;sormais la d&#233;cision du vendeur qui fait le prix, et certains d'entre eux sont r&#233;solument iniques (dans les produits de luxe par exemple, ou dans bien des services, ainsi les commissions d'intervention dans la banque de d&#233;tail) ; le march&#233; n'exerce pas la pression qu'il faudrait, notamment quand le mythe de la marque alt&#232;re le jugement des acheteurs. Le style de publicit&#233; adopt&#233; doit lui-m&#234;me faire l'objet d'une r&#233;flexion particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, ce domaine est un de ceux o&#249; dans la perspective de l'&#233;thique classique, les exigences vont bien au-del&#224; de l'approche ESG, m&#234;me comprise largement (sauf &#224; inclure toute la morale dans le &#8216;social'). Du coup aussi, l'information peut &#234;tre encore plus difficile d'acc&#232;s (par exemple dans le cas d'une grande entreprise ayant de multiples activit&#233;s, ou pour analyser la politique des prix). Mais non moins d&#233;sirable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s envers les fournisseurs et distributeurs, et m&#234;me le march&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, la responsabilit&#233; envers les fournisseurs et distributeurs sera &#233;galement un crit&#232;re important, bien plus que dans l'ESG officielle. Un rapport de confiance et sur la dur&#233;e avec eux est lui aussi tr&#232;s important pour la vie de l'entreprise sur la longue dur&#233;e. On cite ici souvent la pr&#233;vention des conflits d'int&#233;r&#234;ts et des pratiques anti-concurrentielles (cartels de droit ou plus souvent de fait, li&#233;es aux pratiques commerciales) ou plus largement in&#233;quitables. Ou la diffusion des bonnes pratiques dans la cha&#238;ne de valeur en amont et en aval de la production. Tout cela est bien s&#251;r tout &#224; fait fond&#233;. Mais l'approche &#233;thique est logiquement plus exigeante, notamment &#224; nouveau en termes de juste prix, ainsi que du besoin de relations de partenariat sur la dur&#233;e, voire de solidarit&#233; envers les fournisseurs, surtout lorsqu'ils sont plus faibles que l'entreprise concern&#233;e. Il y a l&#224; aussi beaucoup &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en outre &#233;tendre ceci &#224; la responsabilit&#233; envers le march&#233; au sens large, concurrents compris. Notamment lorsqu'il y a un processus collectif de formation des prix, par exemple sur les march&#233;s financiers, la bonne d&#233;termination du prix &#233;tant alors un &#233;l&#233;ment du bien commun (voir mon article &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Qu-est-ce-qu-un-bon-marche-financier-et-comment-le-realiser.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Qu-es...&lt;/a&gt;). Les pratiques de sp&#233;culation sauvage de certains organismes sont ici manifestement &#224; sanctionner. De m&#234;me le manque de transparence, les manipulations comptables etc. L&#224; encore, selon les cas, rep&#233;rer de telles pratiques pourra ne pas &#234;tre facile ; a fortiori si les exigences qu'on pose vont au-del&#224; de celles commun&#233;ment reconnues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s &#224; l'&#233;gard des communaut&#233;s o&#249; l'entreprise intervient&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La responsabilit&#233; envers les communaut&#233;s o&#249; l'entreprise intervient n'est pas toujours &#233;voqu&#233;e ; elle est pourtant elle aussi tr&#232;s importante. Certains l'incluent sous le &#8216;social' de l'ESG. Ou sous la gouvernance. Mais c'est une pr&#233;occupation en soi, logiquement distincte de celles-ci. Elle porte d'abord bien s&#251;r sur des cas dramatiques, comme le risque de compromission avec des r&#233;gimes politiques inacceptables (peut-on financer la Birmanie en &#233;poque de dictature ? Ou un barrage comportant des d&#233;placements brutaux de populations ?) Mais le souci vise aussi des mati&#232;res beaucoup plus famili&#232;res, certains principes de conduite dans les affaires comme la corruption sous toutes ses formes, y compris l'extorsion de fonds et les pots-de-vin, la complicit&#233; dans le blanchiment d'argent sale, et bien s&#251;r l'&#233;norme question de l'&#233;vasion fiscale. D'une certaine mani&#232;re, &#224; sa fa&#231;on le non-respect d'autres standards, sociaux, &#233;cologiques ou autres, peut aussi rentrer en partie dans cette cat&#233;gorie, si l'enjeu est significatif pour la communaut&#233; humaine impact&#233;e. Ainsi par exemple une hausse inconsid&#233;r&#233;e du prix de produits alimentaires peut remettre en cause la s&#233;curit&#233; alimentaire de communaut&#233;s enti&#232;res. Le sujet peut en outre inclure comme on l'a vu le souci plus g&#233;n&#233;ral de &#171; promouvoir et respecter la protection du droit international relatif aux droits de l'homme &#187; et &#171; ne pas se rendre complices de violations des droits de l'homme &#187;, au-del&#224; du personnel de l'entreprise. Ainsi en cas de non-respect av&#233;r&#233; des peuples indig&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; aussi les pr&#233;occupations ambiantes seront approfondies et &#233;largies. Le fait de ne pas se livrer &#224; des pratiques r&#233;pr&#233;hensibles ou de ne pas en &#234;tre complice est une premi&#232;re &#233;tape. Mais il faut aller au-del&#224; : l'entreprise doit prendre en compte sa participation &#224; la communaut&#233;, comprise comme contribution positive au d&#233;veloppement de celle-ci, et responsabilit&#233; envers elle. En m&#234;me temps, comme on le voit l&#224; aussi, la disponibilit&#233; des donn&#233;es n'est pas acquise ; en outre et surtout, plus que dans tout autre domaine, les choix &#224; faire peuvent l&#233;gitimement faire l'objet d'appr&#233;ciations variables. On peut par exemple se demander si comme le demandent certains une entreprise doit consid&#233;rer la pr&#233;sence de la peine de mort dans un pays comme un facteur n&#233;gatif &#224; prendre en compte. A ce compte il faudrait boycotter les Etats-Unis, la Chine et le Japon... De fa&#231;on analogue, la responsabilit&#233; envers la communaut&#233; nationale d'origine de l'entreprise consid&#233;r&#233;e n'est pratiquement pas &#233;voqu&#233;e dans la litt&#233;rature ESG. Sauf sans doute la question des paradis fiscaux, moyen de soustraire des revenus fiscaux l&#233;gitimes &#224; un pays, en g&#233;n&#233;ral celui d'origine. Mais le souci est plus vaste : c'est celui des devoirs d'une entreprise devenue internationale envers son pays d'origine, qui lui a fourni de quoi se d&#233;velopper, et ses capitaux. C'est notamment la question de la localisation de sa capacit&#233; d'investissement et de ses d&#233;veloppements futurs, et celle, tr&#232;s sensible, de la fermeture de certains sites. Inutile de souligner que, dans ce domaine tout particuli&#232;rement, l'obtention d'informations pertinentes n'est pas chose ais&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reprends ici les points de ma conclusion du premier article : en d&#233;finitive, sur le plan des principes l'investissement socialement responsable est le seul investissement justifiable, s'il est compris dans son sens &#233;thique plein, qui l'oriente au bien commun. Bien entendu, un tel &#233;largissement des perspectives donne le vertige. Au minimum, il implique des outils consid&#233;rables, d'analyse, de collecte d'information, et d'action collective, et nous n'en sommes qu'au tout d&#233;but. En outre, on ne peut tout faire, et il faut tenir compte des r&#233;alit&#233;s, notamment de la vie de l'entreprise. Un travail consid&#233;rable s'impose donc ; et ce travail est n&#233;cessairement collectif. Mais justement, il n'y a lieu ni de s'en effrayer, ni de culpabiliser. Un tel travail se d&#233;roulera sur la base de l'action capillaire de personnes nombreuses, chacune agissant l&#224; o&#249; elle peut, comme elle peut. C'est m&#234;me la caract&#233;ristique d'un soci&#233;t&#233; libre et d&#233;centralis&#233;e. Cela valait pour l'action sur les march&#233;s, &#233;voqu&#233;e dans cet autre article ; cela vaut aussi pour la recherche d'une exigence &#233;thique plus riche et plus responsable, &#233;voqu&#233;e ici.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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